mercredi 20 octobre 2021

"L'étrange affaire Nottinger" revient chez Mnémos !

Après Le don d'Osiris en juin, c'est le tour de L'étrange affaire Nottinger d'être rééditée en numérique chez Mnémos en ce 20 octobre, à l'occasion du mois de l'imaginaire, et aussi à l'approche de Halloween pour avoir de la lecture pour frissonner.

Publiée initialement en mars 2018 chez Mü éditions, L'étrange affaire Nottinger s'offre ici une nouvelle édition qui ne change rien au contenu, mais ajoute une nouvelle couverture tentaculaire qui n'est pas sans rappeler celle de ma série Orgone Tour sur Rocambole.

Si vous ne connaissez pas encore L'étrange affaire Nottinger, il est temps de découvrir cette enquête paranormale. Suivez les pas de la détective privée Nadia Leigh, qui vous entraînera dans des secrets de famille qui feront probablement passer la vôtre pour celle des Bisounours, et surtout dans l'étreinte des tentacules des Grands Anciens et de leurs fidèles serviteurs.

Le lien pour l'acheter a également été mis à jour ici, et très bientôt mon BookPack suivra !

Nouvelle couverture de L'étrange affaire Nottinger aux éditions Mnémos.

mercredi 13 octobre 2021

"La Fin d'Illa" de José Moselli

La Fin d'Illa n'est pas tout à fait une lecture, mais plutôt une relecture, qui remonte à longtemps. J'étais encore adolescente quand je l'ai lue en dévorant la collection de livres de science-fiction de mon père. Son édition de La Fin d'Illa faisait partie de la collection Chefs d'oeuvre de la science-fiction publiée en 1970 par les éditions Rencontre (il en avait les 7 premiers livres, dont l'étonnant Martiens, go home !). Depuis, j'avais un peu oublié ce livre, je suis retombée dessus par l'intermédiaire de Wikipédia, à l'occasion de l'obtention du label "bon article" par l'article sur ce livre.

Pour moi, la couverture de La Fin d'Illa ressemblera toujours à ça... Editions Rencontre, collection "Chefs-d'oeuvre de la science-fiction", 1970

La Fin d'Illa est un roman court publié en 1925 par Joseph "José" Moselli, ex-marin devenu écrivain de policier et de science-fiction. Comme beaucoup de ses oeuvres, il l'a écrit sous forme de feuilleton ou de "roman à épisodes", pour le magazine Sciences et Voyages. Cela se ressent dans le style, il n'y a ni temps morts ni fioritures dans son écriture, et La Fin d'Illa pourrait presque candidater pour devenir une série sur Rocambole, si elle n'était pas marquée par un certain état d'esprit du début du XXe siècle qui ne passerait pas bien en 2021.

José Moselli, donc, est un écrivain prolifique des années 1910 et 1920, qui est cependant presque inconnu de nos jours. Peut-être était-il arrivé au mauvais moment, mais La Fin d'Illa est parfois décrite comme "le roman qui sonna le glas de la science-fiction en France". En effet, après une vague de "merveilleux-scientifique", les écrivains de l'imaginaire en général et ceux de Sciences et Voyages en particulier ont dû faire face à une montée des critiques de la part de l'église qui accusait la science-fiction de "pervertir l'imagination et l'intelligence des enfants" (sic) et a même intenté un procès au magazine. Après cela, les écrivains et éditeurs ont été peu à peu découragés de publier de la science-fiction à commencer par José Moselli lui-même.

La Fin d'Illa a cependant été redécouverte par la suite, et bien que le livre n'ait jamais renoué avec la célébrité, il a remporté un certain succès critique, notamment par certains aspects considérés comme prophétiques de la montée du nazisme dans les années 1930. En effet, coïncidence ou pas, les noms du tyran d'Illa, Rair, et de son âme damnée Limm, évoquent étrangement les leaders de l'Allemagne nazie, Hitler et Himmler. Le roman lui-même décrit la montée du totalitalisme dans un endroit imaginaire mais symbolique du monde réel, comme le précise le sous-titre d'une réédition de 1972 chez Marabout : Le règne de l'abrutissement et de la terreur.

Editions Marabout Science-fiction, 1972. A la même époque, ils éditaient aussi les aventures de Bob Morane.
Le titre et le prologue du livre nous indiquent sans doute possible son dénouement : la destruction d'Illa, cité antique rappelant le mythe de l'Atlantide. Ce n'est qu'à travers les mémoires de Xié, chef des armées d'Illa, que l'on découvrira comment et pourquoi.

Selon Xié, Illa est une cité technologiquement très avancée où il fait bon vivre. Cependant, le bonheur et le confort de ses habitants reposent sur l'esclavage des hommes-singes, et surtout sur la complète soumission des Illiens à leur dirigeant Rair, à la fois inventeur génial et tyran cruel et froid, décrit par Xié comme un cerveau pareil à une machine à calculer, sans coeur ni nerfs. Officiellement, Illa est dirigée par un "Conseil suprême", mais Rair sait bien que la plupart de ses membres lui mangent dans la main, car ils sont tous dépendants de ses "machines à sang", qui utilisent le sang d'animaux pour nourrir directement les Illiens par ondes et qui leur ont fait perdre le goût de la nourriture solide. Quand Rair annonce sans trembler qu'il va déclarer la guerre à la cité voisine de Nour pour pouvoir alimenter ses machines avec du sang humain et améliorer leur efficacité, personne ou presque ne bronche. Xié fait partie des protestataires, qui vont peu à peu s'organiser en une résistance décidée à arrêter Rair, mais sans savoir comment l'atteindre alors que ses espions, dirigés par son bras droit Limm, sont partout, et que la guerre contre Nour va les contraindre à rentrer au moins en partie dans les rangs pour défendre Illa.

L'opposition entre Xié et Rair est au coeur de l'histoire, et bien des rebondissements gravitent autour des ambiguités de cette opposition. Xié hait Rair et le tient pour responsable du basculement d'Illa dans la guerre, mais ne peut s'empêcher d'admirer son intelligence et son sens de la stratégie ; de son côté, Rair aimerait bien se débarrasser de Xié mais le considère comme indispensable pour mener à bien la guerre contre Nour. De plus, une tragédie à la Roméo et Juliette vient s'ajouter au milieu de tout cela : Silmée, la fille unique de Xié, et Toupahou, le petit-fils de Rair, sont amoureux l'un de l'autre. Toupahou n'aime guère son grand-père non plus, mais n'ose pas l'affronter, sachant que Rair n'aura pas plus de pitié pour un membre de sa famille que pour un autre. Rair, qui est parfaitement au courant de leur relation, n'hésitera d'ailleurs pas à utiliser les tourtereaux comme otages ou comme moyen de pression pour contraindre Xié à faire sa volonté. Ainsi, dès le début de l'histoire, Silmée échappe de peu à un attentat qui s'avère fomenté par Limm. Début de XXe siècle oblige, ce personnage restera malheureusement cantonné à un rôle de "demoiselle en détresse".

Xié, de son côté, n'a rien du héros parfait. L'auteur remarque avec une certaine ironie que la modestie ne fait pas partie de ses qualités, mais c'est loin d'être sa seule faille. Xié se considère supérieur aux autres mais il est lui aussi un produit de son "époque" : bien qu'il critique avec virulence (et à raison) les plans de Rair, il est tout aussi dépendant que les autres à ses "machines à sang" et méprise ouvertement ceux qui utilisent encore les nourritures terrestres, jusqu'à ce qu'il soit obligé de le faire à son tour. Son mépris s'étend plus globalement aux hommes-singes esclaves d'Illa, même lorsqu'il s'allie avec eux et organise leur révolte dans les mines : celle-ci apparaît plus comme une manoeuvre de sa part qu'une véritable volonté de les libérer ou d'améliorer leur condition. Bien qu'il reconnaisse parfois ses erreurs, sa colère envers Rair, ainsi que la perte de sa famille et de ses amis, le consume de plus en plus au fil de l'histoire, et l'amène à détruire lui-même Illa où il considère que plus personne n'est innocent ou ne mérite d'être sauvé. Il ne faut pas s'attendre à une victoire du bien sur le mal à la fin de La Fin d'Illa, c'est une histoire sans véritable morale.

En parlant de la fin, je ne sais pas si c'est l'effet feuilleton, mais la fin de l'histoire s'emballe. La narration déjà sans temps morts enchaîne les péripéties de plus en plus vite, quitte à passer de manière vraiment trop succincte, parfois en une seule phrase, sur des événements qui auraient gagné à être un peu plus développés. Là où des adaptations de livres en films comme Dune sont obligées d'élaguer des choses pour garder un film compréhensible et d'une durée raisonnable, je pense que si quelqu'un tentait d'adapter La Fin d'Illa en film, il faudrait au contraire ajouter ou insister davantage sur certains passages dans la seconde partie. Après avoir accroché aux aventures de Xié, la rapidité de cette fin, qui aurait pu être grandiose si elle avait été un peu étoffée, est décevante, et on abandonne d'autant plus à regret Xié et Illa à leur fin inéluctable.

"Illa's End", traduction en anglais publiée en 2011. A quand le film ?

La Fin d'Illa a connu des péripéties, mais étrangement, sans jamais sombrer totalement dans l'oubli, et le livre est régulièrement redécouvert, comme le sont, dans l'histoire, les confessions de Xié. Ce roman de science-fiction français a été traduit en anglais par l'auteur britannique Brian Stableford en 2011, soit 86 ans après sa publication initiale : mieux vaut tard que jamais !

Et pourquoi pas un film ? Soyons réalistes, avec l'histoire et le succès du livre, il y a très peu de chances que ça se fasse, mais ce ne serait pas la première fois qu'une vieille histoire de SF est adaptée au cinéma, et il y a tous les ingrédients d'un bon film hollywoodien : des méchants très méchants, une guerre, des explosions partout, et à la fin, tout le monde meurt... Donc, au cas où ça intéresserait quelqu'un, j'ai déjà fait mon casting :

jeudi 30 septembre 2021

Lectures de septembre 2021

Je ne fais jamais rien comme tout le monde, c'est en septembre que je prends mes congés, et il y a aussi l'écriture de Capitaine Quantum qui se termine. J'ai quand même pu lire quelques livres en septembre :

  • Mort sur le Nil - Agatha Christie
    • Français (traduit de l'anglais par Louis Postif)
    • Papier

L'une des plus célèbres enquêtes d'Hercule Poirot l'entraîne dans une croisière sur le Nil, où selon lui, un drame se prépare : l'assassinat de Linnet Doyle, riche héritière en voyage de noces. Linnet avait un certain nombre d'ennemis, dont la première semble être son ex-meilleure amie Jacqueline dont elle a volé le fiancé. Problème : Jacqueline a un alibi en béton lorsque le cadavre de Linnet est retrouvé dans sa cabine. Les soupçons s'installent sur cette croisière qui ne s'amuse plus du tout, où on découvre également voleurs, cleptomanes et apprentis maître-chanteurs, sans oublier un espion ; et pour une fois, Poirot semble presque perdu dans l'enquête, jusqu'au moment où il remettra toutes les pièces du complexe puzzle en place. Le huis-clos du bateau et l'ambiance particulière contribuent à faire de cette histoire un incontournable des amateurs d'Hercule Poirot.

  • Le secret des glaces - Philip Carter
    • Français (traduit de l'anglais par Dominique Haas)
    • Papier

Au plus profond de la Sibérie se trouve un lieu tenu secret, gardé par une lignée de femmes. Le secret datant de la nuit des temps reste préservé jusqu'au moment où Lena Orlova, l'une des Gardiennes, donne l'élixir de longue vie conservé dans ce lieu à un traître. Le secret partiellement éventé donne lieu à toutes les convoitises, et pourrait même être le véritable motif de l'assassinat de Kennedy. Zoé, la dernière Gardienne, s'avère être à la fois la dépositaire de l'élixir de longue vie et du film montrant le vrai assassin de JFK, ce qui fait d'elle la cible de plusieurs tueurs prêts à tout pour s'emparer de l'un, de l'autre, ou des deux. L'histoire tourne au véritable film d'action entre mafieux russes, assassins implacables et mercenaire au grand coeur, où il ne fait pas bon être à la traîne même (surtout ?) si on est du côté des "méchants". Je suis cependant un peu moins convaincue par les derniers rebondissements ou par "l'explication scientifique" finale qui ne résout pas tout : il aurait peut-être mieux valu laisser à la magie ses mystères...

mardi 28 septembre 2021

Writober 2021

Les personnes qui dessinent connaissent bien l'Inktober, ce défi annuel qui consiste à réaliser 31 dessins, un pour chaque jour du mois d'octobre, selon une liste de mots-clefs définis à l'avance. Depuis, le défi a évolué et s'est étendu à d'autres formes d'art, dont l'écriture : c'est ainsi que l'Inktober est devenu le Writober, et parfois même l'Artober pour inclure tous les arts.

C'est en partie avec mon entreprise que j'ai découvert l'Inktober, qui attire quelques collègues qui dessinent avec plus ou moins d'expérience. Ayant toujours été nulle en dessin, j'ai préféré partir sur le Writober, en écrivant chaque jour un petit texte utilisant les mêmes mots-clefs sur une feuille de papier. J'ai été au final une des plus assidues de l'Artober organisé par le CSE de l'entreprise.

Cette année, les corrections de Capitaine Quantum touchant à leur fin, je relance ma participation bien que le CSE (sans doute trop occupé par le rachat de l'entreprise et le futur déménagement des bureaux) ne nous ait pas relancé le défi cette année. La traduction de la liste officielle m'a été fournie au hasard d'une recherche internet, et la voici si quelqu'un d'autre veut la suivre :

Traduction française de la liste officielle de l'Inktober 2021, source : https://www.printoclock.com/blog/inktober-2021-liste-officielle-themes-en-francais/
Bonne chance et beaucoup de plaisir à celles et ceux qui suivront aussi cet "Artober" 2021 ! Le défi commence dans 3 jours...

mardi 31 août 2021

Lectures d'août 2021

Après avoir reçu comme cadeau d'anniversaire en avance le contrat de Capitaine Quantum, j'ai eu un peu moins de temps pour lire puisqu'il me fallait écrire. Cependant, j'ai un peu repris l'habitude de lire avant de me coucher, pour compenser la quasi-absence de trajets pendant lesquels lire. Voici les quelques livres que j'ai lus en août :

  • La Tempête du siècle - Stephen King
    • Français (traduit de l'anglais par William Olivier Desmond)
    • Papier

Encore un Stephen King de haut niveau, sous forme de scénario car écrit directement pour la télévision. Voyez l'article détaillé pour tout savoir.

  • Un, deux, trois... - Agatha Christie
    • Français (traduit de l'anglais par Michel Le Houbie)
    • Papier

Hercule Poirot a beau être le plus grand détective du monde, il n'en mène pas plus large que vous et moi quand il s'agit d'aller chez le dentiste. Mais cette fois, le dentiste a été assassiné, et pas par un patient trop nerveux. L'affaire semble même se compliquer à chaque étape : qui était réellement visé, le dentiste, l'espion grec Amberiotis, ou le magnat Alistair Blunt, tous deux patients du défunt ? Il se pourrait même que le tout soit une vaste affaire d'espionnage, avec des gens liés à des personnes haut placées, et d'autres qui vivent sous une fausse identité. Hercule Poirot fera même l'objet de pressions, mais fidèle à sa réputation d'honnêteté et d'incorruptibilité, il finira par faire triompher la justice à la satisfaction générale.

  • Christine - Stephen King
    • Français (traduit de l'anglais par Marie Milpois)
    • Papier

Arnie est l'archétype du lycéen boutonneux et timide que personne, même pas sa famille, ne prend vraiment au sérieux. Quand il achète Christine, voiture de collection réduite à l'état de quasi-épave, à l'antipathique Roland LeBay, personne ne comprend son choix, mais lui a l'impression de décider par lui-même pour la première fois de sa vie. Malheureusement, cette unique décision est une erreur : Christine est une voiture maudite, dans laquelle plusieurs personnes ont trouvé la mort, et à travers elle, Arnie va être peu à peu vampirisé par le fantôme de Roland LeBay, qui n'a pas encore fini de déverser sa colère sur le monde. Stephen King, à travers cette histoire, dépeint tout à la fois l'insouciance et les défis de l'adolescence, les vilains secrets de familles, et met en garde contre la colère et la haine qui aveuglent et emportent tout sur leur passage, y compris l'amour et parfois même la vie.

  • Cinq petits cochons - Agatha Christie
    • Français (traduit de l'anglais par Michel Le Houbie)
    • Papier

C'éest un nouveau défi qu'on lance à Hercule Poirot : rouvrir une affaire vieille de seize ans, celle de la mort du peintre Amyas Crale. Tout accusait Caroline Crale, la veuve du peintre, mais sa fille est persuadée qu'elle n'était pas coupable. Pour en avoir le coeur net, Hercule Poirot va devoir revoir le meurtre à travers les témoignages des cinq personnes présentes ce jour-là : cinq personnes, cinq points de vue différents, et pourtant il va comprendre la vérité en reconstituant la scène complète à travers ces cinq visions partielles et parfois mensongères. Encore une enquête magistrale du grand Hercule Poirot menée avec une stratégie originale, malheureusement un peu gâchée par des erreurs et coquilles dans la traduction française : le traducteur, contrairement au détective, devait être fatigué ce jour-là.

vendredi 6 août 2021

BookPack 6.1

C'était mon anniversaire hier, mais c'est quand même moi qui fais des cadeaux. Pas de gros changements pour ce BookPack 6.1, juste l'ajout de L'homme qui acheta une planète et quelques corrections sur l'épisode 8 de l'Alchimiste, Chasse à l'ombre, où j'avais laissé une grosse faute que j'ai dû retrouver toute seule car personne ne me l'avait signalée...

En attendant de plus gros changements comme la sortie de Capitaine Quantum (date à déterminer) chez Rocambole ou la réédition de L'étrange affaire Nottinger (octobre 2021 a priori) chez Mnémos, profitez de cette version corrigée en la téléchargeant sur le lien habituel à droite, ou directement ici. Bonne lecture !

Comme mon BookPack, cette cabine n'est pas un TARDIS, mais vous fera voyager quand même... - Par ThüringerChatte, CC BY-SA 4.0 [https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0], via Wikimedia Commons

mardi 3 août 2021

"La Tempête du siècle" de Stephen King

J'ai déjà lu plusieurs Stephen King dont Dôme, mais je ne pensais pas en lire d'autres tout de suite ; c'est par hasard que j'ai récupéré La Tempête du siècle, quand le père de mon chéri a décidé qu'il allait faire de la place dans sa cave et notamment se débarrasser des livres dont il ne voulait plus. C'est désormais toute une pile de livres que j'ai à mon tour, et La Tempête du siècle est un des premiers que j'ai lus.

Comme souvent avec Stephen King, l'action commence dans une petite ville tranquille, ici d'autant plus tranquille qu'elle est située sur une île, où vivent seulement quelques familles et où tout le monde se connaît. Et bien entendu, un événement sortant de l'ordinaire va faire craquer ce vernis bien lisse et révéler ce qui se trouve dessous. Cet événement, ce pourrait être la tempête présentée par tous les météorologues comme exceptionnelle, qui fonce droit sur l'île et va obliger les habitants à s'abriter tous ensemble dans le sous-sol de l'hôtel de ville.

Comme si cette promiscuité (déjà un bon facteur de tensions en soi) n'était pas suffisante, un homme inquiétant, André Linoge, vient d'arriver de nulle part, et sa première action est de battre à mort une vieille femme invalide à grands coups de canne. Il est rapidement arrêté et enfermé dans l'unique prison de l'île, mais il pourrait dire avec Rorschach dans Watchmen : "ce n'est pas moi qui suis enfermé avec vous, c'est vous qui êtes enfermés avec moi"... De fait, il semble connaître les pensées et les secrets des habitants, et se révèle ensuite doté d'un pouvoir de manipulation mentale qui les pousse au suicide ou au meurtre. "Donnez-moi ce que je veux et je m'en irai", répète-t-il, mais personne ne sait ce qu'il veut. Quand il se décide enfin à l'annoncer - non sans avoir révélé quelques secrets inavouables au passage - les habitants survivants de Little Tall Island vont devoir faire un choix dont dépendent leurs vies d'un côté et leurs consciences de l'autre.

Plus que Linoge, c'est Michael "Mike" Anderson, constable de la ville, qui est suivi de près par le récit au cours de la tempête. Premier policier de l'île (et accessoirement gérant du supermarché), il se fait une haute idée de la justice et de l'intégrité, ce qui l'amène parfois en conflit avec Robbie Beals, maire de la ville et sorte de Donald Trump local imbu de son pouvoir. Mike est cependant apprécié de ses concitoyens, à commencer par son adjoint "Hatch", pour son honnêteté, mais en arrêtant Linoge et en devenant celui avec qui le mystérieux étranger effectue le premier vrai contact, il se retrouve dans l'oeil du cyclone. Persuadé que le mal ne peut pas l'emporter sur le bien, Mike refuse de céder au cynisme ou au désespoir, ou de faire le moindre compromis avec cet être qui pourrait être un démon, mais finit par se retrouver bien seul dans son combat. Les autres habitants, craignant pour leurs vies et voyant déjà révélées les actions qui leur pèsent sur la conscience, semblent de leur côté prêts à passer un pacte avec le diable, a fortiori s'il s'avère que ce n'est pas eux qui doivent en payer le prix.

Mais une fois la transaction conclue, les choses ne seront plus jamais les mêmes et il sera difficile pour les survivants de se regarder en face, a fortiori face à Mike. Fidèle à ses principes, Stephen King ne fait pas peur juste pour faire peur, il met avant tout en scène un drame psychologique où le monstre n'est que le révélateur, où les belles apparences dévoilent petit à petit les mesquineries et les bassesses de l'âme humaine, et amènent à se demander jusqu'où les personnages - et les lecteurs/spectateurs qui les suivent - seraient prêts à aller pour sauver leur peau, et comment ils vivront avec ce souvenir ensuite : certains bien, d'autres beaucoup moins.

La tempête dont il est question ici ne va pas déchirer que le ciel... - Par mattbuck, CC BY-SA 2.0 [https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0], via Wikimedia Commons