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mercredi 15 juillet 2026

Gloriette, la bougie de massage anti-douleurs menstruelles

Bien que ce blog ne soit pas un blog bien-être (et ne le sera sans doute jamais), j'ai déjà ouvert la brèche avec la Sultane de Saba, alors autant continuer.

Comme beaucoup de femmes, je souffre de douleurs menstruelles, qui ne m'aident pas à travailler et encore moins à écrire quand elles surviennent. Elles sont heureusement limitées dans le temps (environ 48 heures, coïncidant à peu près avec le moment où le flux sanguin est le plus important) et en intensité, peu de risques que je souffre d'endométriose donc, mais ça fait quand même mal, et tous les moyens sont bons pour atténuer la douleur.

C'est pourquoi je n'ai pas hésité quand j'ai découvert la campagne Ulule concernant une bougie de massage censée lutter contre ces douleurs, créée par une femme pour des femmes, d'autant plus que la date de livraison était annoncée comme proche et pas dans 6 mois voire plus d'un an comme certaines campagnes. Il y a eu un léger retard dans l'expédition, sans doute dû aux multiples vagues de chaleur de mai et juin qui n'aidaient pas à s'occuper de logistique, mais j'ai reçu ma bougie à temps pour un premier test lors de mes menstruations de juillet.

Ces menstruations ont été un peu particulières, car elles ont tardé à réellement se "déclencher", il s'est passé quasiment une semaine avec seulement quelques gouttes de sang de temps en temps, alors que d'habitude cette phase ne dure pas plus de 2 ou 3 jours avant de passer à une phase de saignement plus abondant (et douloureux). C'est déjà arrivé au moins une fois, mais ce cycle étant un peu atypique, il faut le noter pour ce test. J'ai utilisé la bougie une fois au moment de ces "préliminaires" et une fois juste avant le déclenchement de la deuxième phase, celle du saignement abondant.

J'en retiens ceci :

  • Je n'ai pas l'habitude des bougies de massage. Maintenant, je vais l'avoir. Il n'est pas indiqué clairement qu'une fois un peu de "cire" fondue et la bougie éteinte, il faut laisser passer plusieurs minutes avant de prélever le produit, sous peine de se faire mal (et d'en mettre partout sous l'effet de la surprise).
  • L'odeur des huiles essentielles de la bougie est agréable, mais elle sent bizarrement quand elle brûle. Un effet constaté davantage par mon chéri que par moi-même, sans doute dû à sa composition qui n'est pas celle d'une bougie classique, mais d'une bougie de massage à base de beurre de karité et autres produits compatibles avec un étalage sur la peau.
  • Le massage en lui-même est agréable, bien que ce soit parfois difficile de s'étaler quelque chose de chaud quand on est déjà en période de canicule. Le produit laisse une pellicule grasse, cependant modérée et comparable à ce qui se passe quand j'utilise du beurre de karité classique. Avec la pellicule grasse, l'odeur des huiles essentielles reste sur la peau, ce qui est aussi agréable et permet de les respirer plus longtemps.
  •  L'essentiel, le but recherché : la douleur a été assez limitée pendant ce cycle. Je me suis réveillée pliée en deux la nuit suivante et j'ai dû prendre du paracétamol pour pouvoir me rendormir, comme souvent, mais je me suis limitée à 1,5 g de paracétamol pendant tout le cycle, ce qui est peu. Je note également qu'à la fin de la phase de saignement abondant, je n'ai pas ressenti le mal de tête qui arrive souvent à ce moment.

Le bilan est donc globalement positif mais il ne peut pas être concluant, s'agissant d'un seul cycle, un peu atypique de surcroît. J'attends donc de voir le prochain cycle, où mon utilisation de la bougie ne sera pas aussi balbutiante.

La bougie était livrée avec une tisane nommée "12 Lunes", également censée calmer les douleurs menstruelles en complément de la bougie. Je ne l'ai pas encore utilisée, rendez-vous au prochain cycle ?

En attendant, si vous voulez tester aussi, la bougie est disponible sur la toute nouvelle boutique de la créatrice. Cet article n'étant pas sponsorisé, il n'y a aucune réduction si vous venez de chez moi, mais elle ne coûte que 39,90€ pour un produit qui, au vu de sa taille et de la quantité d'huile prélevée en utilisation normale, peut durer de nombreux cycles.

La bougie de massage de Gloriette.

mardi 24 février 2026

Person of Interest

Contrairement à The Expanse dont j'ai déjà parlé en 2024, Person of Interest n'est pas une série de livres à l'origine, mais c'est une série télévisée des années 2010 qui m'a suffisamment tenue en haleine pour mériter que j'en parle. Découverte à l'origine sur la chaîne AB1, puis poursuivie sur Prime Video quand AB1 a décidé de changer sa programmation pour l'été, la série est actuellement rediffusée sur la nouvelle chaîne T18, et je suis tellement accro que j'y retourne.

Il faut dire que Person of Interest est de ces séries qui cachent bien leur jeu. Partant d'une situation initiale assez simple, elle s'enrichit progressivement de nouveaux personnages amenant leur part de l'intrigue, le tout à coup de flashbacks savamment calculés, présentés sous forme d'archives, qui apportent des explications et de la profondeur aux protagonistes en dévoilant progressivement leur passé et leurs secrets. Difficile, dans ces conditions, de ne pas avoir envie de connaître la suite...

La situation initiale, donc, est la suivante : Harold Finch (même si on comprend assez vite que ce n'est pas son vrai nom), un génie de l'informatique milliardaire mais aussi handicapé et reclus, embauche John Reese, un ex-agent spécial de la CIA porté disparu et vivant à l'état d'épave humaine dans les bas-fonds de New York. En effet, "M. Finch" est l'inventeur d'une IA révolutionnaire, "La Machine", capable de prédire les meurtres, mais n'étant pas capable d'arrêter lui-même les meurtriers, il lui faut quelqu'un comme "M. Reese", rompu à toutes les techniques de combat, pour agir à sa place. Leur association porte ses fruits, mais très vite, elle attire l'attention de la police, qui se pose des questions sur ce nouveau justicier insaisissable, surnommé "l'homme en costume", et qui semble avoir une longueur d'avance sur les criminels comme sur les policiers.

Jim Caviezel (John Reese) et Michael Emerson (Harold Finch) en 2012, au début de la série - Par Genevieve, CC BY 2.0 [https://creativecommons.org/licenses/by/2.0], via Wikimedia Commons

Par la suite, beaucoup d'autres personnages et intrigues s'ajoutent au fil des saisons, jusqu'à ce que la série ne se "ressemble" plus, et pourtant, il reste toujours le même noyau malgré toutes ces couches supplémentaires qui s'accumulent : le duo de choc formé par Harold Finch et John Reese. Présenté au départ comme un classique "la tête et les jambes" entre Harold le génie solitaire handicapé et John l'homme d'action quasi-invincible (un autre personnage le surnomme régulièrement "Superman"), ce duo évolue au fil de l'histoire et des interactions entre les protagonistes. John, qui n'avait plus de but dans la vie, s'en redécouvre un en sauvant des gens, tandis que Harold, qui vivait reclus dans une ancienne bibliothèque et craignait de s'attacher à quelqu'un (il faut dire que toutes les personnes à qui il s'est attaché ont eu des ennuis...), parvient à s'ouvrir progressivement. Cela permet, malgré quelques nécessaires frictions, d'agrandir leur équipe, ce qui ne sera pas de trop face à des adversaires qui se multiplient.

Person of Interest fait aussi réfléchir sans en avoir l'air aux questions liées à la surveillance de masse et à l'intelligence artificielle. J'ai le souvenir de conversations avec des amis ne connaissant pas la série qui ne se posaient absolument pas la question des faux positifs, de l'intrusion dans la vie privée (cette série devrait être déclarée d'utilité publique vu le contexte actuel)...

Côté intelligence artificielle, même si la série présente des IA autonomes dotées d'une conscience, et que depuis ChatGPT on sait que ce n'est pas possible, la réflexion porte aussi et surtout sur le rapport entretenu par les humains avec l'IA, la confiance qu'on peut (ou pas) avoir en elles et ce qu'on projette de notre inconscient dessus. Par exemple, si une IA appelle son créateur "Père", le considère-t-elle vraiment comme tel, ou est-ce pour provoquer chez lui la réaction de protection d'un père envers son enfant ?

Le tout est servi par une réalisation impeccable et un jeu d'acteurs qui ne l'est pas moins. Person of Interest se paye le luxe d'un casting quatre étoiles où tout le monde est extrêmement bon dans son rôle. Je n'hésite pas à décerner une mention spéciale à Michael Emerson, qui joue un Harold Finch étonnant et plein de surprises, tour à tour sévère, touchant et parfois franchement inquiétant. Habitué à jouer les méchants, notamment dans Lost (série produite par J.J. Abrams tout comme Person of Interest), il est parfait dans ce rôle tout en subtilités, attachant mais avec un côté sombre et un passé tortueux.

Bref, il n'y a vraiment rien à jeter dans Person of Interest, et si vous ne l'avez pas encore vue, tout ce que je peux vous dire, c'est d'y remédier de toute urgence. La seule chose que je pourrais lui reprocher, outre une fin un peu rapide (baisse des audiences oblige), c'est de mettre la barre très haut pour la série qui voudra devenir ma prochaine série coup de coeur. Mais c'était déjà le cas avec The Expanse, alors qui sait quelle série me surprendra à l'avenir ?

vendredi 1 août 2025

Writever d'août : sur les traces du Capitaine Quantum

Si vous lisez avec assiduité mon blog, vous connaissez sûrement le défi d'écriture Writever au moins par le biais des articles que je sors sur mes Micronouvelles. Si vous ne connaissez pas, un petit résumé : chaque début de mois, une liste de mots-clés sort, un par jour, et chaque jour, le défi demande d'écrire un texte court en utilisant ce mot d'une manière ou d'une autre. De préférence en fantastique ou en SF, mais dans la pratique, c'est ouvert à tous les genres, tous les styles, et personne ne dira rien si ce n'est pas tout à fait de l'imaginaire.

Mais en ce mois d'août, c'est une première pour moi : je passe de l'autre côté du miroir. L'animatrice du défi, Ketty Steward, qui était aussi ma consoeur chez Mü éditions, a accepté ma liste sur le thème de Capitaine Quantum pour le Writever d'août, pile au bon moment pour mon anniversaire. Je préparais cette liste depuis déjà un moment, et il n'y avait pas grand-chose à y changer à part l'ordre des mots. Il restait juste à faire la traduction en anglais (le Writever est un défi international !) et la mettre en page avec une belle image. Si vous avez déjà lu les aventures du Capitaine Quantum, ne serait-ce que la première saison, vous ne serez pas surpris que j'aie choisi l'image d'une nébuleuse nommée NGC 7293 et poétiquement surnommée "l'Œil de Dieu", ou "l'Œil de la Déesse" si on préfère.

Alors si vous avez envie de vous lancer dans le Writever, de suivre les traces du Capitaine Quantum ou de me faire plaisir pour mon anniversaire, n'hésitez pas ! Pour cette occasion spéciale, je vais profiter des nouvelles fonctionnalités de Mastodon pour mettre le croisillon #writever en vedette sur mon profil. Je vais aussi bien évidemment le suivre et partager autant de messages que possible. Le défi est également disponible sur Bluesky, mais mon compte Bluesky étant une simple réplique de mon compte Mastodon, mes possibilités seront limitées. Si vous êtes vous aussi "bridgés" entre les deux, il se pourrait que le partage fonctionne sur Bluesky, mais sans garantie.

Je compte sur vous pour venir nombreux et faire de ce Writever une fête ! 

La liste du Writever d'août 2025. Bon voyage dans l'espace sur les traces du Capitaine !

Si vous avez du mal à lire l'image, voici la liste complète :

  1. Capitaine
  2. Joyau
  3. Flamboyant
  4. Proxima
  5. Explorer
  6. Pirate
  7. Etoile
  8. Ambassadeurice
  9. Oeil
  10. Equipage
  11. Piéger
  12. Canon
  13. Amazone
  14. Galaxie
  15. Copilote
  16. Espace-temps
  17. Androïde
  18. Général
  19. Laser
  20. Vaisseau
  21. Fuir
  22. Déesse
  23. Epsilon
  24. Coopérer
  25. Mercenaire
  26. Station
  27. Gardienne
  28. Epave
  29. Planète
  30. Poursuivre
  31. Quantum 

jeudi 3 juillet 2025

Koneko Work, l'espace de coworking des chats

On savait qu'il existait des bars à chats à Paris. Mais j'ai découvert il y a peu de temps, au hasard d'un e-mail, que depuis peu, il existe aussi un espace de coworking à chats. Il s'appelle Koneko (ou "co-neko" si vous préférez...) Work, et il se situe dans le 12e arrondissement de Paris dans la rue d'Aligre.

Quand j'y suis allée, le marché d'Aligre était installé, et avec les stands, j'ai eu peur de ne pas bien voir la devanture. En fait, pas de panique, elle se trouvait un peu à l'écart du marché et sa vitrine est facile à repérer.

Comme dans les bars à chats, l'accueil est sécurisé par un sas pour éviter les évasions, et il faut connaître le règlement (un classique qu'on retrouve aussi dans les bars à chats : ne pas porter les chats, ne pas les réveiller, ne pas les nourrir...) et se désinfecter les mains pour pouvoir entrer. Ensuite, on se retrouve dans un espace de coworking assez classique et épuré, bien éclairé et climatisé, avec des tables et des chaises en bois, du Wifi (dernière génération !) et des prises pour recharger ses ordinateurs portables, mais tout est aménagé autant, sinon plus, pour les chats que pour les humains. Pour peu qu'on soit près du mur, on peut voir au-dessus de nos têtes des échelles et des plateformes qui permettent aux chats de se déplacer et de se reposer en hauteur.

Les humains ne sont pas en reste, il y a des bancs, des coussins et des chaises confortables, bien que je sois un peu plus réservée concernant l'ergonomie : sur le banc où j'étais en tout cas, avec un coussin on était un peu trop haut par rapport à la table et donc à l'ordinateur. Et sans le coussin, heureusement que mon popotin est confortable en lui-même.

Une fois installée, aucun problème, le wifi marche à merveille et me permet d'accéder à tout, la connexion au VPN de mon entreprise démarre elle aussi au quart de tour : je télétravaille quasiment comme à la maison, et je suis prête à parier que les collègues qui me contactent ne voient aucune différence de leur côté non plus. Je dois cependant avouer quelques baisses de productivité quand je m'empare d'une canne à pêche pour attirer un chat manifestement très joueur. Je ne suis pas certaine qu'il y ait beaucoup de différence par rapport à la maison quand Kimy décide de réclamer mon attention, et les chats ne viennent pas en permanence, il y a des moments calmes où ils décident d'aller manger ou faire la sieste ailleurs (l'un d'eux l'a faite sur un perchoir juste au-dessus de ma tête, ce dont je ne me suis rendu compte que plus tard), l'endroit devient alors un espace de coworking presque classique et on peut reprendre une activité normale.

Winnie, chat joueur qui aime aussi faire la sieste perché au-dessus de moi.

On n'est pas envahis par les chats, il n'y en a que 3 au moment de ma visite : Winnie (gris tacheté et blanc, de grandes pattes et de grands yeux), Minoucha (rousse et blanche, une face plate de persan mais des poils courts) et Précieuse (jeune, grise et blanche, très mignonne). Le site annonçait 4 chats, mais l'un d'eux semble avoir été adopté depuis la dernière mise à jour.

Précieuse alias "Chaton", à peu près à l'endroit où je l'ai rencontrée dans l'espace de coworking.

Car comme pour certains bars à chats, tous les chats présents sont des chats de refuge, placés ici en "famille d'accueil" par une association qui essaie ainsi de les mettre en contact avec des humains et permettre une belle rencontre, voire une adoption. Chaque fois qu'un chat est adopté, je suppose que l'association en sélectionne un nouveau qui rejoint les "co-neko" à la recherche du travailleur (ou de la travailleuse, il y avait surtout des femmes quand j'y suis allée) qui les ramènera à la maison. Pas d'adoption pour moi évidemment, Kimy ne serait probablement pas d'accord, mais j'espère que ces chats charmants finiront tous par trouver un humain ou une humaine qui leur convienne.

Moi qui n'ai pas beaucoup d'expérience des espaces de coworking en général, il fallait que je teste celui-là, et c'était un bon moment, au calme et avec des chats sympas pour m'accompagner. J'ai pris la carte de fidélité car il se pourrait bien que je revienne. Avec cette carte, au bout de 9 heures passées sur place, la 10e est offerte, chats compris.

Si vous avez aussi besoin d'un espace de travail calme mais avec la présence de chats dans les environs pour vous donner le sourire, n'hésitez pas à aller faire un tour dans ce lieu de coworking pas comme les autres, et si vous le pouvez, faites une gratouille aux chats de ma part.

https://konekowork.com/

 

dimanche 8 juin 2025

Les boîtes à livres

Avec toutes les lectures dont je parle qui viennent de là, ce serait dommage de ne pas consacrer un article aux boîtes à livres, ces mini-bibliothèques des rues et des parcs où tout le monde peut prendre ou déposer un ou plusieurs livres. Je les ai découvertes il y a quelques années, suivant en cela le même chemin que ma mère qui ne peut pas passer devant une boîte à livres sans s'arrêter voir ce qu'il y a dedans. J'essaie de déposer un maximum de livres, mais même quand je viens avec l'intention d'en déposer, il n'est pas rare que je reparte avec plus de livres que je n'en ai apporté. Ça marche avec toutes les boîtes que je croise, et elles n'ont fait que devenir de plus en plus nombreuses depuis, malgré quelques déplorables vandalismes sur des boîtes existantes.

Heureusement, la boîte à livres près de chez moi est en "dur" et ne craint pas grand-chose, même si on ne peut pas forcément en dire autant de son contenu. En tout cas, elle est régulièrement remplie, que ce soit par des vide-greniers (je soupçonne des gens de s'y débarrasser de leurs vieux livres, de leurs vieux magazines, voire parfois de leurs vieilles cassettes vidéo et leurs vieux DVD) ou simplement par des passionnés comme moi qui aiment échanger des livres. 

La boîte à livres du Parc du dispensaire à Sartrouville. - Par Claire Billaud, CC BY-SA 4.0 [https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0], via Wikimedia Commons

En plus des boîtes à livres, je fais également partie du réseau du Bookcrossing, un site international qui permet de marquer et de suivre les livres qu'on échange. J'y ai évidemment mon compte et j'ai même fait ma propre étiquette où l'on voit ma poupée Crystaléa et une de mes peluches pour être facilement reconnaissable. La traçabilité a ses limites et sur tous les livres que je dépose ainsi, seuls très peu d'entre eux donnent de leurs nouvelles par la suite malgré les étiquettes et les indications qui y figurent. Je sais pourtant qu'ils sont ramassés, car je les revois rarement lors de mes passages suivants.

J'ignore combien de livres, parmi ceux qui sont déposés en boîte à livres, sont gardés ad vitam æternam par quelqu'un ou sont jetés ou vandalisés, et le fait que les boîtes à livres se trouvent souvent (en tout cas dans ma ville) près des aires de jeux pour les enfants les expose encore plus aux accidents.

La boîte à livres du square du marché à Sartrouville. - Par Claire Billaud, CC BY-SA 4.0 [https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0], via Wikimedia Commons

Les boîtes à livres m'ont permis de belles découvertes, en me mettant par hasard sous les yeux des livres que je n'aurais pas pensé à lire, ou dont je connaissais l'existence mais pour lesquels je n'avais pas franchi le pas. En retour, je les "entretiens" en y rapportant les livres que j'y ai pris et que j'ai déjà lus, mais aussi certains livres auxquels je n'ai plus touché depuis longtemps. Tous les livres que je ne garde pas ne finissent pas forcément en boîte à livres : il y en a que je donne à des amis ou à des correspondants. L'échange fonctionne toujours, d'une manière ou d'une autre.

Vous aussi, si vous passez devant une boîte à livres et que vous hésitez, tentez le coup, ouvrez la porte, regardez son contenu et prenez un livre s'il vous semble intéressant. Ensuite, n'oubliez pas d'en rapporter de temps en temps pour faire de la place sur vos propres étagères, et respectez les boîtes et leur contenu, les livres appartiennent à tout le monde mais ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi avec. Servez-vous-en pour donner le goût de la lecture (et du bien commun) à vos enfants, ce sont peut-être les prochains qui participeront au remplissage des boîtes à livres.

Et si vous ne savez pas où se trouve la boîte à livres la plus proche de chez vous, elles sont recensées sur le site https://www.boites-a-livres.fr/ avec photos à l'appui pour que vous les reconnaissiez. Si votre boîte préférée n'y est pas, n'hésitez pas à l'ajouter !

vendredi 14 février 2025

La revanche de la Sultane qui contre-attaque

Après les expériences déjà décrites dans La Sultane de Saba et Le retour de la Sultane, je n'avais pas encore terminé mon exploration des différentes senteurs et soins de la Sultane de Saba. J'aborde cependant une nouvelle étape, après les senteurs principalement fleuries, je "m'attaque" aux parfums orientaux pour aborder plus en détails l'aspect "Mille et Une Nuits" de la marque, en commençant par un soin au nom particulièrement évocateur, "L'Ayurvédique Oriental". Présenté comme un soin cocooning idéal pour l'hiver, c'est le bon soin à tester en ce mois de février froid et nuageux.

Un voyage au cœur de l'Inde mystique et fantasmée.
Le principe est le même que pour les précédents, à savoir une entrée au hammam, un gommage, un enveloppement, un bol shirodhara et un massage. Mais il semble que ce soin soit un peu plus long que les autres, annoncé comme durant 2 heures 30, et le tarif est à la hauteur. Mais il en vaut la peine.

Il faut dire aussi que j'avais vraiment besoin d'un de ces soins, ayant été un peu stressée par mon travail ces derniers temps, sans parler du reste : à la maison, je dois un peu tout gérer, mon compagnon étant débordé et ayant de plus en plus de mal à dormir. Et encore une fois, le soin tombait pile au bon moment après une réunion un peu fatigante, j'étais donc bien contente d'y aller après le travail.

Je suis reçue rapidement et après m'être changée, je prends une première douche et je commence le hammam qui me détend instantanément. Il se prolonge cependant juste un peu trop, mais tout va bien mieux quand arrive le gommage ayurvédique oriental aux brisures de noyaux d'abricot, complété par un petit gommage du visage au sucre de canne. L'ensemble est très agréable mais a tendance à se glisser partout et à être un peu difficile à rincer.

Vient ensuite l'enveloppement à base de lait et de beurre de karité, au cours duquel je m'endors presque en écoutant en musique de fond une chanteuse orientale accompagnée d'une flûte. J'ai droit en bonus à un masque à la boue, dont je ne connaissais pas encore l'existence, et qui est rincé en partie par le fameux bol ayurvédique shirodhara, dont l'eau chaude à la rose s'écoule sur ma poitrine et mon visage. Le masque de boue a cependant un peu de mal à partir complètement, et je dois ramasser un gant kessa abandonné par une cliente précédente pour m'en débarrasser.

Et quand je pense avoir tout vu, je découvre que le massage a une particularité : les tampons de céramique chauffants. En plus de l'huile chaude parfumée et du passage des mains de la masseuse, je découvre sur ma peau la sensation de ces espèces de galets chauds qui viennent détendre encore davantage mon corps et mes membres. A la fin, un petit massage du crâne est complété par un massage du visage avec de la crème à la rose.

Les tampons de céramique. En solo ou en duo, ils chauffent et détendent le corps.

Je ressors encore une fois très détendue de chez la Sultane, et mon retour à la maison se passe comme sur un nuage. Je suis détendue que je n'ai même pas faim, et que je me contente facilement d'une soupe (et d'un petit dessert quand même). J'emporte aussi avec moi un flacon d'huile de massage à la senteur ayurvédique orientale et deux petits échantillons de parfums.

Grâce à ce premier hammam de l'année, j'ai enfin éliminé un peu de stress, et j'attends avec impatience mes prochains voyages vers les mystères de l'Orient dans les mois à venir : le voyage sur la route d'Udaipur et le voyage sur la route du Taj Palace.

L'univers oriental de la Sultane de Saba n'a pas fini de me surprendre. (Les danseuses ne font pas partie de la prestation.)

vendredi 21 juin 2024

Le retour de la Sultane

Au début de l'année, je découvrais les soins de la Sultane de Saba, avec une excellente première expérience, et une envie d'essayer une bonne partie de leurs formules "rituels". Promesse tenue, non sans mal : après la "Detox Darjeeling" puis le "Voyage sur la route de Malaisie" le mois suivant avec de très agréables parfums de jasmin, la suite a été un peu compliquée.

Déjà, de par l'emplacement et les horaires du hammam et mon propre emploi du temps, il ne m'est vraiment possible d'y aller que le jeudi soir après mon travail, et c'est un créneau très demandé, avec beaucoup d'attente. Et en cas de pépin, il faut s'armer de patience : mon troisième soin avait été réservé pour le mois de mai, mais peu avant la date prévue, j'ai attrapé un gros rhume avec état grippal. Avec mon odorat pratiquement inopérant, impossible de profiter des parfums, sans parler du risque de contaminer des gens. Il a donc fallu reporter d'un mois de plus ma "Détente orientale moussante (ou Soin oriental moussant) à la rose de Damas", mais cela en valait la peine.

Retour dans le hammam de la Sultane. La douche a été modifiée depuis cette photo, il n'y a plus de marche et le rideau, après avoir été en tissu, est désormais fait de chaînes dorées.

Comme pour tous les rituels de soin, je commence par une douche et un premier tour dans le hammam. Au bout d'un moment, on m'enduit de savon noir et je retourne transpirer un peu dans le hammam, en prenant une petite pause pour déguster un thé aromatisé et une pâtisserie orientale.

Le gommage est un classique du hammam au savon noir et au gant "kessa", d'abord sur le visage puis sur le corps. Ma "toiletteuse" me prévient que ça peut être un peu fort, et je me méfie aussi car ayant eu une infection à la mâchoire, je la sais encore un peu sensible, mais en réalité tout se passe bien, le gommage du visage que je me fais à la maison est plus violent que ça.

Après avoir fait de même sur le reste du corps, je me rince, puis arrive la partie moussante proprement dite. Et il n'y a pas tromperie sur la marchandise, je me retrouve littéralement recouverte de mousse, avec une telle épaisseur que j'ai l'impression d'être dans un nuage. En fait, c'est une bonne partie de la salle de soins qui est pleine de mousse, et quand j'en sors pour me re-rincer, j'en suis encore toute enveloppée.

Pourtant, je n'ai pas fini d'être enveloppée, puisque je suis aussi empaquetée avec du baume au beurre de karité, puis laissée "mijoter" le temps de m'assoupir. Au réveil, c'est le bol "shirodhara" qui fait couler une délicieuse eau chaude parfumée sur mon front et ma poitrine.

Et bien entendu, on termine par le traditionnel massage à l'huile parfumée, avec en bonus une touche de BB crème à la rose sur le visage. Dehors, il y a du monde, on entend le bruit des terrasses des bars avoisinants et de temps en temps celui des averses qui tombent, mais l'intérieur de la salle de massage est une bulle hors du temps où on ne ressent que les odeurs d'huiles essentielles de fleurs et la musique douce. Ressortir de cet univers à part est toujours un peu difficile, mais j'en emporte un flacon d'huile et le gant "kessa" pour pouvoir continuer le soin à la maison.

Je n'ai pas fini d'essayer tous ces "rituels", mais je sais qu'un jour, je referai celui-là. En attendant, pour l'été qui commence, je pense que la prochaine fois, je prendrai un "Voyage dans les îles" avec de la fleur de tiaré et un massage aux galets de céramique rafraîchissants, très pratiques si après ce printemps mitigé, l'été se révèle caniculaire.

En juillet, un voyage dans les îles... à deux pas de mon bureau.

vendredi 2 février 2024

La Sultane de Saba

Attention, cet article ne parle ni de mes livres ni de mes lectures, une fois n'est pas coutume. En fait, s'il a un rapport avec quelque chose, c'est surtout avec mon travail "officiel" qui, s'il paie bien, n'est pas dénué de stress en contrepartie. Stress qu'il me faut parfois soulager, et j'ai déjà eu recours de temps à autre à des spas ou des massages à Paris ou ailleurs (mention spéciale pour l'époque où je vivais dans le 13e arrondissement et où, quartier asiatique oblige, il y avait des massages thaïlandais non loin de chez moi).

A Noël dernier, j'ai reçu une Smartbox pour un spa, et bien que j'aie finalement retenu un autre établissement pour en profiter avec mon compagnon, j'ai découvert à cette occasion l'existence des hammams-spas de La Sultane de Saba (un nom déjà évocateur, et qui se double d'une ambiance de Mille et Une Nuits voulue par la créatrice d'origine marocaine), et en particulier de celui de Montorgueil qui se trouve à littéralement deux rues de mon travail. Une petite visite sur place et, bien que je ne voie pour l'instant que la boutique, je me laisse convaincre par l'offre et par l'ambiance générale, et je réserve un "rituel de soin" pour un soir où je sors du travail et où mon compagnon ne m'attend pas à la maison : en effet, le soin dure au total 1 heure et demie.

Bienvenue au palais oriental de la Sultane de Saba...

Mon premier essai se fait avec une "Détox Darjeeling" (également appelée "Détox de la Sultane de Saba") qui fait partie du thème "Voyage sur la route de Darjeeling". C'est en effet la marque de fabrique de la chaîne, comme le précise son slogan "Voyagez au-delà de vos sens" : une importante partie de l'offre se décline autour de thématiques de voyages associant une "destination", une signature olfactive, et généralement une technique de massage ou de gommage. Pour Darjeeling, comme son nom l'indique, la signature olfactive est à base de thé associé au gingembre. Deux raisons expliquent mon premier choix : mon goût pour le thé, et le fait que ce "rituel" soit un peu moins long que d'autres soins similaires, et donc parfait pour un premier essai.

Par le hasard du calendrier de mon travail, juste avant de commencer, j'ai dû subir un après-midi de réunions, dont une particulièrement longue à la fin. Cela faisait suite à d'autres réunions à répétition une semaine plus tôt, à la date à laquelle je voulais initialement réserver mon soin. Au moins, j'attendais d'autant plus ma visite à la Sultane, et j'avais vraiment envie (et besoin) de me détendre.

L'établissement a pris soin de m'envoyer un SMS la veille du soin pour me rappeler la date et l'heure, mais il n'y avait aucun risque que j'oublie. Après le travail, je me présente à l'heure dite, sans doute un peu avant, mais je suis immédiatement reçue dans un petit salon où je n'ai pas à attendre longtemps : très vite, direction les vestiaires, un peu étroits mais suffisants pour y mettre mes vêtements et le gros sac qui contient mon ordinateur et mes affaires de travail. Ayant enfilé mon maillot et mon peignoir, je redescends ensuite au hammam pour commencer la détente. La vapeur est très riche en eucalyptus et je crois que je me suis décongestionné les bronches pour un moment. On me sert aussi un gobelet de thé tiède (mais tant mieux, je déteste quand c'est trop chaud) et une pâtisserie orientale.

Après avoir pris une douche et un peu mariné dans la vapeur, les soins commencent et vont crescendo. Si le hammam n'est qu'une mise en bouche, le gommage me permet de commencer à me détendre et à sentir ma peau décrassée, puis l'enveloppement me permet presque de m'endormir sur la table chaude. Il est ensuite complété par le "bol shirodhara" que je ne connaissais pas, un étrange objet suspendu au plafond qui fait couler de l'eau chaude parfumée sur le visage et le haut du corps. Extrêmement agréable.

Ensuite, le rituel se termine par l'incontournable massage thaïlandais à l'huile chaude et parfumée, accompagné de serviettes chaudes aux moments clés, pour un pur moment de détente qui dure très longtemps et passe sur toutes les parties du corps, jusqu'au visage qui en profite en dernier.

Un "Voyage sur la route de Darjeeling" pour s'évader au pays du thé, le prix du billet d'avion et le bilan carbone en moins.

Le retour à la réalité est un peu difficile (surtout quand la première chose que je vois en sortant du bâtiment est un camion-poubelle...) après avoir visité cet Orient fantasmé où règne la Sultane, avec un mélange heureux de ce que peuvent offrir les civilisations méditerranéennes, de l'Inde et de l'Asie de l'Est. Et comme tous les rêves, pour en profiter au maximum, il faut éviter de faire attention à certains détails, comme une plomberie approximative du lavabo et un gros aspirateur très mal caché dessous... Mais j'ai été réellement détendue par l'expérience et je vais en garder l'odeur un bout de temps. Ensuite, je compte bien la renouveler avec un autre rituel à découvrir, sûrement dans un mois.

Quel sera le prochain ?

  • Le Voyage sur la route de Malaisie avec du bambou, du jasmin et des fleurs tropicales ?
  • Le Délice de la Sultane avec la fleur d'oranger que j'adore et un massage facial supplémentaire ?
  • La Détente orientale moussante à la rose de Damas, une nouveauté ?
  • Le Voyage balinais au lotus et à la fleur de frangipanier ?
  • Le Voyage dans les îles au monoï et à la fleur de tiaré ?
  • Le Voyage vers le Taj Palace dont j'ai reçu un échantillon en cadeau ?

*Post garanti non sponsorisé.

jeudi 18 janvier 2024

"The Expanse" de James S.A. Corey

Si j'ai eu beaucoup de lectures diverses et variées en 2023, il faut bien dire ce qui est : The Expanse est LA lecture qui m'a occupée pendant une bonne partie de l'année ; symboliquement, j'ai commencé et fini 2023 avec. Pas seulement la lecture, d'ailleurs : en plus des romans et du comic The Expanse: Origins, j'ai aussi regardé toute la série sur Prime Video. J'ai regardé la série avant de lire les livres, ce qui a eu pour conséquence de me faire systématiquement visualiser les personnages des livres avec la tête qu'ils avaient dans la série. Mais ce n'est qu'un inconvénient mineur puisque, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ailleurs, ils n'ont pas casté des thons dans cette série...

Recommandée à l'origine par un ami qui connaît mes goûts (et que je remercie), The Expanse est une série de science-fiction qui se veut "réaliste", du moins au début, puisqu'on est dans un futur pas si lointain, où grâce à des avancées révolutionnaires en matière de propulseurs spatiaux, l'humanité a colonisé à peu près tout le système solaire ; mais il n'est pas encore question de voyages interstellaires. Aux divisions intra-terriennes de notre époque ont succédé une nouvelle répartition des territoires et les nouveaux problèmes qui vont avec : la Terre, unifiée sous l'égide des Nations Unies, est en guerre froide avec Mars, son ancienne colonie désormais indépendante et dirigée par un gouvernement à dominante militaire. Au milieu de tout cela se trouve la Ceinture, qui rassemble la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter, les lunes de Jupiter et Saturne, et quelques stations scientifiques indépendantes. Officiellement, la plupart des territoires de la Ceinture appartiennent à la Terre ou à Mars, qui considèrent la population ceinturienne comme de la main-d'oeuvre bon marché et corvéable à merci. Pour ne rien arranger, avoir passé toute leur vie en gravité très réduite fait des Ceinturiens des humains à part, démesurément grands et longilignes, dont les os et les muscles fragilisés les empêchent à jamais de vivre sur une planète "normale". Bien décidés à faire entendre leur voix face à la Terre et Mars, ils sont nombreux à rejoindre l'Association des Planètes extérieures ou APE (OPA dans la version originale), un rassemblement indépendantiste qui mène une guérilla plus ou moins ouverte contre les "planètes intérieures".

Au sein de cette situation explosive, un événement va manquer de mettre le feu aux poudres : l'attaque par un vaisseau inconnu, sans raison apparente, d'un transporteur de glace nommé Canterbury, dont les quelques survivants sont recueillis sur un vaisseau martien, mais sont d'abord persuadés d'être au coeur d'une déclaration de guerre de Mars à la Terre. En parallèle, un inspecteur ceinturien désabusé enquête sur Cérès à la recherche de la fille d'un des plus riches industriels de la Terre, soupçonnée d'avoir rejoint l'APE. Personne ne sait encore que ces deux histoires a priori sans lien vont se rejoindre autour de la "protomolécule", une substance mystérieuse découverte sur la lune de Saturne Phoebe, et que plusieurs groupes humains vont tenter d'utiliser à leur profit sans savoir - ou en tentant de ne pas y penser ? - qu'elle est l'instrument d'une ancienne civilisation détruite par un ennemi obscur, et qui poursuivait elle-même ses propres buts qui dépassent de loin l'humanité.

A partir de là, c'est le début d'une grande saga, entre guerres interplanétaires et découvertes inquiétantes liées à la protomolécule ou aux manières peu avouables qu'ont les humains de s'en servir. Il y a de l'action à revendre et il faut éviter de trop s'attacher aux personnages : derrière le pseudonyme de "l'auteur", James S.A. Corey, on trouve en fait deux écrivains de fantastique et de SF, Daniel Abraham et Ty Franck, dont le second a été l'assistant de George R.R. Martin, auteur du célèbre Game of Thrones, et qui a sans aucun doute subi l'influence de son mentor.

L'inspecteur Miller sera une des premières et des plus spectaculaires victimes...
Ce résumé très succinct s'applique à la fois aux livres et à la série. En effet, les auteurs des livres ayant participé à la supervision de la série, il y a finalement peu de différences au niveau de l'histoire de base et des personnages principaux. On constate cependant au fur et à mesure des déviations de plus en plus importantes au niveau des intrigues et des personnages secondaires. Certains d'entre eux font leur apparition plus tôt ou plus tard, meurent prématurément car il devient urgent de se débarrasser de leur interprète, ou présentent des différences importantes entre les livres et la série, voire sont carrément des fusions de deux personnages des livres, comme Camina Drummer qui, dans la série, occupe à la fois son propre rôle et celui de Michio Pa, ce qui lui confère une plus grande importance.

La saga, qui emprunte au space opera mais aussi au noir et à diverses influences, se construit de manière itérative en augmentant à chaque fois la taille et les enjeux des champs de bataille : si le début de l'histoire se concentre sur la guerre froide entre la Terre et Mars, celle-ci donne très vite l'impression d'être une "guéguerre" devant la menace de la protomolécule puis l'ouverture de portes interstellaires qui déplacent les batailles à une échelle de plus en plus grande. En réalité, ce qui change le moins au cours de l'histoire est l'humanité elle-même, qui passe de l'échelle interplanétaire à l'échelle interstellaire, mais reste une race de primates agressifs, ayant du mal à dépasser ses querelles d'ego ou à se remettre en question même face à la menace d'un ennemi puissant et dangereux.

L'histoire suit un condensé de cette humanité à bord du Rossinante, un ancien vaisseau de guerre martien dont l'équipage hétéroclite est composé de Terriens, de Martiens et de Ceinturiens dont le point commun (du moins au début) est d'avoir survécu à l'attaque du Canterbury et de vouloir faire la vérité sur les raisons de cette attaque qui leur a coûté leurs amis et leurs vies d'avant, mais qui va aussi les entraîner dans une aventure dont ils n'auraient jamais soupçonné l'ampleur. Propulsés un peu malgré eux au rang de symbole pour les uns et les autres, ils vont attirer l'attention des puissants et tenter d'en profiter pour amener le monde qui les entoure à un peu plus de justice et de vérité, même s'ils vont surtout devoir le sauver des multiples catastrophes qui le menacent. Au fur et à mesure de l'histoire, on se demande quelle sera la prochaine, et surtout comment vont réagir James Holden et l'équipage du Rossinante, qui semblent de plus en plus seuls et dépourvus face à l'immensité de la tâche, mais qui ne reculeront pourtant jamais devant l'idée de prendre des responsabilités pour éviter le pire au reste de l'humanité. Si James Holden peut apparaître un peu "tête à claques" au début (et le choix de l'acteur dans la série tend à renforcer cette impression), il évolue par la suite devant les conséquences de ses choix, suivi par son équipage, et c'est cette évolution que l'on suit en parallèle de celle de l'univers qui l'entoure.

James Holden et l'équipage du Rossinante sont les personnages principaux de The Expanse, mais il y en a un autre qu'il ne faut pas négliger : l'inspecteur Miller. Introduit dès le début de l'histoire sous la forme d'une quasi-caricature de détective de film noir, dépressif, alcoolique et suicidaire (c'est encore plus évident dans les livres ; dans la série, que ce soit dû à l'adaptation, au choix de l'acteur ou aux deux, il bénéficie d'un sex-appeal qu'il n'a pas dans les livres), il partage sa narration avec celle de Holden dans le tome 1, jusqu'à ce qu'il rencontre l'une des morts les plus apocalyptiques que j'aie jamais vues (assistant de l'auteur de Game of Thrones, j'ai dit). Sauf que la mort n'est parfois que le commencement, et une fois le sacrifice consommé, le fantôme de Miller (parfois renommé "L'Enquêteur") continuera de planer sur tout le reste de l'histoire, entre souvenir, symbole et anciens plans établis par une civilisation disparue. On se plaît même, au fur et à mesure de la lecture et plus particulièrement quand l'avancement des livres dépasse celui de la série, à chercher sa trace et à se demander s'il va revenir...

La fameuse mort apocalyptique illustrée sur la couverture du tome 1. Si vous n'avez pas encore vu la série, sachez que Netflix a lâché l'affaire au profit de Prime Video qui a produit les dernières saisons.

Bref, The Expanse, que ce soit la version littéraire ou la version vidéo, est une excellente série de science-fiction pleine de surprises, dont on ne parle pas assez à mon avis, et qu'à la suite de mon ami, je recommande à toute personne qui aime le space opera, les menaces alien indéfinissables, les films noirs et les sagas à couper le souffle. Cette lecture qui m'a occupée pendant plusieurs mois de 2023 après la visualisation de la série va laisser une impression durable, et bien réelle : quand j'étais au pic de la visualisation et de la lecture, un jour en entendant mes collègues arriver près de mon bureau en discutant fort et avec leurs accents marqués, j'ai vraiment cru un instant que c'était un groupe de Ceinturiens qui s'approchait de moi. Et le fait que l'un d'eux mesure 2 mètres n'a pas aidé à dissiper l'illusion...

Le principal défi pour 2024 va être de trouver de nouvelles lectures à la hauteur et capables de prendre le relai.

mardi 4 avril 2023

"Le Paradoxe de l'écrivain" passe à la radio !

C'est une première pour moi et mes textes : après le début d'adaptation des aventures de l'Alchimiste sur YouTube, c'est Le Paradoxe de l'écrivain qui passe à la radio !

Plus précisément, c'est L'Eko des Garrigues, une radio associative de Montpellier, qui m'a contactée pour diffuser Le Paradoxe de l'écrivain dans le cadre de l'une de ses émissions, Démons et Merveilles, qui passe le lundi à 18 heures. L'émission existe depuis quelque temps mais présentait jusque-là des textes qui "dataient" un peu, comme des oeuvres de H.P. Lovecraft ou Oscar Wilde, et cherche maintenant à s'étendre aux auteurs et autrices de maintenant, tout en restant dans le domaine du fantastique et de la science-fiction. Et je suis la première à ouvrir cette nouvelle mouture de l'émission, ce qui me fait extrêmement plaisir : comme vous le savez peut-être déjà, en écriture, c'est rare que je sois le premier choix de quelqu'un, alors quand je le suis, il faut le fêter !

Et quel meilleur moment pour fêter quelque chose qu'un jour férié ? Non, ce jour ne sera pas férié parce que mon texte passe à la radio, mais c'est bien le lundi de Pâques, soit le 10 avril à 18 heures, qu'aura lieu la lecture du Paradoxe de l'écrivain. Si vous êtes à Montpellier ou ses environs, branchez-vous sur 88.5 FM, sinon, écoutez la radio n'importe où grâce à la magie d'Internet et les différents players disponibles ! Et si vous ratez le live, un replay sera mis à disposition sur YouTube plus tard.

J'en profite pour remercier encore une fois très chaleureusement Michael Dargery, responsable de l'émission Démons et Merveilles, d'avoir pensé à moi (je vous assure, ce n'est déjà pas évident !) et de m'avoir associée à toute la préparation qui a été un plaisir à suivre. Il m'assure qu'il a beaucoup aimé mon univers, et que cette première collaboration ne sera donc sans doute pas la dernière. La suite au prochain numéro ?

En attendant, joyeuses Pâques à toutes et à tous !

Joyeuses Pâques ! - Par Tim Reckmann, CC BY 2.0 [https://creativecommons.org/licenses/by/2.0], via Wikimedia Commons

mercredi 26 janvier 2022

L'Alchimiste revient en vidéo !

Un an presque jour pour jour après le précédent, le deuxième chapitre du premier épisode de l'Alchimiste La machine dans le miroir arrive en vidéo, toujours grâce à David Fenryck et son Dragon Conteur. Le sympathique dragon s'attaque au début de l'action dans cette aventure, où l'Alchimiste, qui se remet à peine de sa dernière régénération et a quelques soucis de mémoire, va se retrouver embarquée dans une bien étrange aventure, avec au passage un petit flashback vers son passé mystérieux (si vous voulez en savoir plus, il est détaillé davantage dans d'autres épisodes comme Le temps restera) qui ne déparerait pas certains épisodes de Doctor Who...

Je ne sais pas quand le prochain chapitre sortira en vidéo (il y a en tout 8 chapitres dans La machine dans le miroir et ce n'est pas l'aventure de l'Alchimiste qui en comporte le plus...), mais en attendant, profitez bien de cette nouvelle séquence animée avec un dragon et une Dame du Temps... et une mystérieuse petite fille.

samedi 23 octobre 2021

"Nouvelles ContRées", le jeu pour explorer vos livres

Certains de mes lecteurs le savent, j'aime les livres mais aussi les jeux de société. Le jeu Nouvelles ContRées qui sort aujourd'hui chez Olibrius, éditeur d'OLNI (Objet Ludique Non Identifié), est une excellente manière de concilier les deux.

La boîte du jeu telle que vous la trouverez dans toutes les bonnes boutiques de jeux.

J'ai eu l'occasion d'essayer ce jeu le 18 septembre dernier à l'occasion du festival des jeux de Vichy. Pour cette sortie, l'éditeur avait fait fort : en plus des exemplaires de démonstration du jeu, il avait aussi apporté une bibliothèque (oui, le meuble) garnie de livres en tous genres dans lesquels les joueurs et joueuses étaient libres d'emprunter leurs livres préférés le temps d'une partie.

Car c'est là toute l'originalité de Nouvelles ContRées : le jeu se joue dans un livre. Dans la boîte du jeu, pas de pions, de cartes ni de dés, mais des marque-pages qu'il va falloir insérer à bon escient dans le livre choisi pour la partie. Le jeu est coopératif : à tour de rôle, une personne va prendre la tête de "l'expédition" à la recherche du secret du livre, et pour cela, elle lira un extrait de la page marquée par le dernier marque-page, en choisissant parmi ceux sur la table celui dont l'illustration correspond le mieux à l'ambiance du passage lu. Il faut ensuite que tout le monde tombe d'accord sur le même marque-page pour pouvoir avancer, et ainsi de suite jusqu'au but désigné dans le livre. Des missions annexes, comme repérer des mots de plus de 10 lettres ou un certain nombre d'occurrences d'un son ou d'une lettre, ajoutent du piment à la partie, ainsi que des difficultés supplémentaires permettant d'avancer plus vite au prix d'une contrainte de lecture.

Le but est de parvenir jusqu'à la "Cité perdue" (un marque-page particulier placé plus ou moins loin de la fin du livre selon la durée qu'on veut donner à la partie) en perdant le moins possible des lettres de l'alphabet qui représentent les points de vie de l'équipe.

Exemple de disposition du jeu avec les différents marque-pages.

Le point fort de Nouvelles ContRées tient à son principe : sa rejouabilité est quasi-infinie puisqu'il suffit de prendre un autre livre dans sa bibliothèque pour se plonger dans des ambiances ou des styles d'écriture différents. Romance, thriller, science-fiction plus ou moins récente (mon premier essai était avec Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne), tous les livres s'y prêtent, y compris, paraît-il, les livres de jeu de rôle. Accessible à toute la famille si le livre choisi l'est aussi et que les enfants savent lire, il peut servir à leur donner le goût de la lecture en y mêlant naturellement le jeu, on peut adapter facilement la difficulté rien qu'en utilisant des livres jeunesse et en réduisant la durée de l'exploration, quitte à l'augmenter ensuite si les enfants en redemandent.

Vous l'avez compris : si, comme moi, vous aimez à la fois les livres et les jeux, cet OLNI est à ajouter à votre ludothèque de toute urgence. Demandez-le à votre boutique de jeux habituelle sans tarder, les critiques sont unanimes et Nouvelles ContRées risque d'arriver très vite en rupture de stock !

mercredi 13 octobre 2021

"La Fin d'Illa" de José Moselli

La Fin d'Illa n'est pas tout à fait une lecture, mais plutôt une relecture, qui remonte à longtemps. J'étais encore adolescente quand je l'ai lue en dévorant la collection de livres de science-fiction de mon père. Son édition de La Fin d'Illa faisait partie de la collection Chefs d'oeuvre de la science-fiction publiée en 1970 par les éditions Rencontre (il en avait les 7 premiers livres, dont l'étonnant Martiens, go home !). Depuis, j'avais un peu oublié ce livre, je suis retombée dessus par l'intermédiaire de Wikipédia, à l'occasion de l'obtention du label "bon article" par l'article sur ce livre.

Pour moi, la couverture de La Fin d'Illa ressemblera toujours à ça... Editions Rencontre, collection "Chefs-d'oeuvre de la science-fiction", 1970

La Fin d'Illa est un roman court publié en 1925 par Joseph "José" Moselli, ex-marin devenu écrivain de policier et de science-fiction. Comme beaucoup de ses oeuvres, il l'a écrit sous forme de feuilleton ou de "roman à épisodes", pour le magazine Sciences et Voyages. Cela se ressent dans le style, il n'y a ni temps morts ni fioritures dans son écriture, et La Fin d'Illa pourrait presque candidater pour devenir une série sur Rocambole, si elle n'était pas marquée par un certain état d'esprit du début du XXe siècle qui ne passerait pas bien en 2021.

José Moselli, donc, est un écrivain prolifique des années 1910 et 1920, qui est cependant presque inconnu de nos jours. Peut-être était-il arrivé au mauvais moment, mais La Fin d'Illa est parfois décrite comme "le roman qui sonna le glas de la science-fiction en France". En effet, après une vague de "merveilleux-scientifique", les écrivains de l'imaginaire en général et ceux de Sciences et Voyages en particulier ont dû faire face à une montée des critiques de la part de l'église qui accusait la science-fiction de "pervertir l'imagination et l'intelligence des enfants" (sic) et a même intenté un procès au magazine. Après cela, les écrivains et éditeurs ont été peu à peu découragés de publier de la science-fiction à commencer par José Moselli lui-même.

La Fin d'Illa a cependant été redécouverte par la suite, et bien que le livre n'ait jamais renoué avec la célébrité, il a remporté un certain succès critique, notamment par certains aspects considérés comme prophétiques de la montée du nazisme dans les années 1930. En effet, coïncidence ou pas, les noms du tyran d'Illa, Rair, et de son âme damnée Limm, évoquent étrangement les leaders de l'Allemagne nazie, Hitler et Himmler. Le roman lui-même décrit la montée du totalitalisme dans un endroit imaginaire mais symbolique du monde réel, comme le précise le sous-titre d'une réédition de 1972 chez Marabout : Le règne de l'abrutissement et de la terreur.

Editions Marabout Science-fiction, 1972. A la même époque, ils éditaient aussi les aventures de Bob Morane.
Le titre et le prologue du livre nous indiquent sans doute possible son dénouement : la destruction d'Illa, cité antique rappelant le mythe de l'Atlantide. Ce n'est qu'à travers les mémoires de Xié, chef des armées d'Illa, que l'on découvrira comment et pourquoi.

Selon Xié, Illa est une cité technologiquement très avancée où il fait bon vivre. Cependant, le bonheur et le confort de ses habitants reposent sur l'esclavage des hommes-singes, et surtout sur la complète soumission des Illiens à leur dirigeant Rair, à la fois inventeur génial et tyran cruel et froid, décrit par Xié comme un cerveau pareil à une machine à calculer, sans coeur ni nerfs. Officiellement, Illa est dirigée par un "Conseil suprême", mais Rair sait bien que la plupart de ses membres lui mangent dans la main, car ils sont tous dépendants de ses "machines à sang", qui utilisent le sang d'animaux pour nourrir directement les Illiens par ondes et qui leur ont fait perdre le goût de la nourriture solide. Quand Rair annonce sans trembler qu'il va déclarer la guerre à la cité voisine de Nour pour pouvoir alimenter ses machines avec du sang humain et améliorer leur efficacité, personne ou presque ne bronche. Xié fait partie des protestataires, qui vont peu à peu s'organiser en une résistance décidée à arrêter Rair, mais sans savoir comment l'atteindre alors que ses espions, dirigés par son bras droit Limm, sont partout, et que la guerre contre Nour va les contraindre à rentrer au moins en partie dans les rangs pour défendre Illa.

L'opposition entre Xié et Rair est au coeur de l'histoire, et bien des rebondissements gravitent autour des ambiguités de cette opposition. Xié hait Rair et le tient pour responsable du basculement d'Illa dans la guerre, mais ne peut s'empêcher d'admirer son intelligence et son sens de la stratégie ; de son côté, Rair aimerait bien se débarrasser de Xié mais le considère comme indispensable pour mener à bien la guerre contre Nour. De plus, une tragédie à la Roméo et Juliette vient s'ajouter au milieu de tout cela : Silmée, la fille unique de Xié, et Toupahou, le petit-fils de Rair, sont amoureux l'un de l'autre. Toupahou n'aime guère son grand-père non plus, mais n'ose pas l'affronter, sachant que Rair n'aura pas plus de pitié pour un membre de sa famille que pour un autre. Rair, qui est parfaitement au courant de leur relation, n'hésitera d'ailleurs pas à utiliser les tourtereaux comme otages ou comme moyen de pression pour contraindre Xié à faire sa volonté. Ainsi, dès le début de l'histoire, Silmée échappe de peu à un attentat qui s'avère fomenté par Limm. Début de XXe siècle oblige, ce personnage restera malheureusement cantonné à un rôle de "demoiselle en détresse".

Xié, de son côté, n'a rien du héros parfait. L'auteur remarque avec une certaine ironie que la modestie ne fait pas partie de ses qualités, mais c'est loin d'être sa seule faille. Xié se considère supérieur aux autres mais il est lui aussi un produit de son "époque" : bien qu'il critique avec virulence (et à raison) les plans de Rair, il est tout aussi dépendant que les autres à ses "machines à sang" et méprise ouvertement ceux qui utilisent encore les nourritures terrestres, jusqu'à ce qu'il soit obligé de le faire à son tour. Son mépris s'étend plus globalement aux hommes-singes esclaves d'Illa, même lorsqu'il s'allie avec eux et organise leur révolte dans les mines : celle-ci apparaît plus comme une manoeuvre de sa part qu'une véritable volonté de les libérer ou d'améliorer leur condition. Bien qu'il reconnaisse parfois ses erreurs, sa colère envers Rair, ainsi que la perte de sa famille et de ses amis, le consume de plus en plus au fil de l'histoire, et l'amène à détruire lui-même Illa où il considère que plus personne n'est innocent ou ne mérite d'être sauvé. Il ne faut pas s'attendre à une victoire du bien sur le mal à la fin de La Fin d'Illa, c'est une histoire sans véritable morale.

En parlant de la fin, je ne sais pas si c'est l'effet feuilleton, mais la fin de l'histoire s'emballe. La narration déjà sans temps morts enchaîne les péripéties de plus en plus vite, quitte à passer de manière vraiment trop succincte, parfois en une seule phrase, sur des événements qui auraient gagné à être un peu plus développés. Là où des adaptations de livres en films comme Dune sont obligées d'élaguer des choses pour garder un film compréhensible et d'une durée raisonnable, je pense que si quelqu'un tentait d'adapter La Fin d'Illa en film, il faudrait au contraire ajouter ou insister davantage sur certains passages dans la seconde partie. Après avoir accroché aux aventures de Xié, la rapidité de cette fin, qui aurait pu être grandiose si elle avait été un peu étoffée, est décevante, et on abandonne d'autant plus à regret Xié et Illa à leur fin inéluctable.

"Illa's End", traduction en anglais publiée en 2011. A quand le film ?

La Fin d'Illa a connu des péripéties, mais étrangement, sans jamais sombrer totalement dans l'oubli, et le livre est régulièrement redécouvert, comme le sont, dans l'histoire, les confessions de Xié. Ce roman de science-fiction français a été traduit en anglais par l'auteur britannique Brian Stableford en 2011, soit 86 ans après sa publication initiale : mieux vaut tard que jamais !

Et pourquoi pas un film ? Soyons réalistes, avec l'histoire et le succès du livre, il y a très peu de chances que ça se fasse, mais ce ne serait pas la première fois qu'une vieille histoire de SF est adaptée au cinéma, et il y a tous les ingrédients d'un bon film hollywoodien : des méchants très méchants, une guerre, des explosions partout, et à la fin, tout le monde meurt... Donc, au cas où ça intéresserait quelqu'un, j'ai déjà fait mon casting :

mardi 3 août 2021

"La Tempête du siècle" de Stephen King

J'ai déjà lu plusieurs Stephen King dont Dôme, mais je ne pensais pas en lire d'autres tout de suite ; c'est par hasard que j'ai récupéré La Tempête du siècle, quand le père de mon chéri a décidé qu'il allait faire de la place dans sa cave et notamment se débarrasser des livres dont il ne voulait plus. C'est désormais toute une pile de livres que j'ai à mon tour, et La Tempête du siècle est un des premiers que j'ai lus.

Comme souvent avec Stephen King, l'action commence dans une petite ville tranquille, ici d'autant plus tranquille qu'elle est située sur une île, où vivent seulement quelques familles et où tout le monde se connaît. Et bien entendu, un événement sortant de l'ordinaire va faire craquer ce vernis bien lisse et révéler ce qui se trouve dessous. Cet événement, ce pourrait être la tempête présentée par tous les météorologues comme exceptionnelle, qui fonce droit sur l'île et va obliger les habitants à s'abriter tous ensemble dans le sous-sol de l'hôtel de ville.

Comme si cette promiscuité (déjà un bon facteur de tensions en soi) n'était pas suffisante, un homme inquiétant, André Linoge, vient d'arriver de nulle part, et sa première action est de battre à mort une vieille femme invalide à grands coups de canne. Il est rapidement arrêté et enfermé dans l'unique prison de l'île, mais il pourrait dire avec Rorschach dans Watchmen : "ce n'est pas moi qui suis enfermé avec vous, c'est vous qui êtes enfermés avec moi"... De fait, il semble connaître les pensées et les secrets des habitants, et se révèle ensuite doté d'un pouvoir de manipulation mentale qui les pousse au suicide ou au meurtre. "Donnez-moi ce que je veux et je m'en irai", répète-t-il, mais personne ne sait ce qu'il veut. Quand il se décide enfin à l'annoncer - non sans avoir révélé quelques secrets inavouables au passage - les habitants survivants de Little Tall Island vont devoir faire un choix dont dépendent leurs vies d'un côté et leurs consciences de l'autre.

Plus que Linoge, c'est Michael "Mike" Anderson, constable de la ville, qui est suivi de près par le récit au cours de la tempête. Premier policier de l'île (et accessoirement gérant du supermarché), il se fait une haute idée de la justice et de l'intégrité, ce qui l'amène parfois en conflit avec Robbie Beals, maire de la ville et sorte de Donald Trump local imbu de son pouvoir. Mike est cependant apprécié de ses concitoyens, à commencer par son adjoint "Hatch", pour son honnêteté, mais en arrêtant Linoge et en devenant celui avec qui le mystérieux étranger effectue le premier vrai contact, il se retrouve dans l'oeil du cyclone. Persuadé que le mal ne peut pas l'emporter sur le bien, Mike refuse de céder au cynisme ou au désespoir, ou de faire le moindre compromis avec cet être qui pourrait être un démon, mais finit par se retrouver bien seul dans son combat. Les autres habitants, craignant pour leurs vies et voyant déjà révélées les actions qui leur pèsent sur la conscience, semblent de leur côté prêts à passer un pacte avec le diable, a fortiori s'il s'avère que ce n'est pas eux qui doivent en payer le prix.

Mais une fois la transaction conclue, les choses ne seront plus jamais les mêmes et il sera difficile pour les survivants de se regarder en face, a fortiori face à Mike. Fidèle à ses principes, Stephen King ne fait pas peur juste pour faire peur, il met avant tout en scène un drame psychologique où le monstre n'est que le révélateur, où les belles apparences dévoilent petit à petit les mesquineries et les bassesses de l'âme humaine, et amènent à se demander jusqu'où les personnages - et les lecteurs/spectateurs qui les suivent - seraient prêts à aller pour sauver leur peau, et comment ils vivront avec ce souvenir ensuite : certains bien, d'autres beaucoup moins.

La tempête dont il est question ici ne va pas déchirer que le ciel... - Par mattbuck, CC BY-SA 2.0 [https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0], via Wikimedia Commons

vendredi 22 janvier 2021

L'Alchimiste en vidéo !

C'est probablement la première adaptation d'un de mes textes (du moins la première dont j'ai connaissance) : comme je l'avais annoncé précédemment, les aventures de l'Alchimiste, ou du moins une partie, sont maintenant disponibles en vidéo ! C'est David Fenryck qui se charge de l'adaptation sur sa nouvelle chaîne Le Dragon Conteur, où il a aussi posté une vidéo "3 mots pour une histoire", continuation de ses Word War Three sur sa chaîne précédente.

Ici, c'est le premier épisode des aventures de l'Alchimiste, La machine dans le miroir, qui est lu et adapté en vidéo chapitre par chapitre. Le premier est le plus court mais il vous permettra déjà de faire connaissance avec l'Alchimiste et Crystaléa, en écoutant leur histoire contée par un dragon sympathique !



vendredi 22 novembre 2019

"American Gods" de Neil Gaiman

A quoi reconnaît-on un grand auteur ? Au fait que ses livres ne laissent pas indifférent. On peut dire beaucoup de choses sur les œuvres de Neil Gaiman, mais jamais "passez votre chemin, aucun intérêt".
American Gods est l'une de ses œuvres phares, qui a eu le privilège d'être adaptée en série sur Amazon Prime tout comme Good Omens qu'il avait co-écrit avec le regretté Terry Pratchett. Et là, contrairement à Good Omens, la série ne divulgâche pas le roman : les histoires sont basées sur le même principe et commencent de la même manière, mais évoluent différemment.

Revenons à ce principe. Les États-Unis sont une terre d'immigrants (quoi que puissent en dire certains politiciens) et ces gens venus plus ou moins volontairement de différents pays d'Europe, d'Asie ou d'Afrique ont apporté avec eux leurs coutumes, leurs croyances, leurs dieux et leurs créatures mythologiques ou folkloriques. Mais toutes les civilisations évoluent, et les Américains ont désormais de nouveaux dieux modernes comme la technologie, les médias, les automobiles... Les anciens dieux en sont souvent réduits à vivoter, tenaillés entre l'envie de ne pas se faire oublier (car un dieu qui n'a plus d'adorateurs est condamné) et celle de rester discrets car la rumeur dit que les nouveaux dieux ont l'intention d'en finir avec eux une bonne fois pour toutes.
C'est à ce moment qu'intervient Ombre (Shadow en version originale), un colosse récemment libéré de prison et qui ne retrouve le monde extérieur que pour faire le deuil de sa femme Laura. N'ayant plus d'attache, il accepte de travailler pour "M. Voyageur" (ou "Mr Wednesday" en version originale), un escroc borgne qui prétend être le dieu nordique Odin et rassembler les dieux éparpillés aux États-Unis pour faire face à la menace des nouvelles divinités. Le croyant d'abord fou, Ombre est rapidement amené à rencontrer d'autres dieux et autres créatures de différentes mythologies, et à douter de tout. D'autant plus que les nouveaux dieux connaissent son existence et estiment qu'il représente une terrible menace, et vont tenter de l'écarter du chemin. Même sa femme Laura n'a pas pu trouver le repos éternel, et erre désormais comme un zombie à sa recherche.

Comme dans sa série graphique Sandman, Neil Gaiman joue avec différentes mythologies et différents folklores et fait interagir le monde "réel" et les créatures fantastiques qui s'y cachent, d'une manière qui rappelle aussi Neverwhere mais aussi le jeu de rôle Nephilim. Le tout donne un mélange étonnant, mêlant narration très contemporaine et onirique, où les personnages (et le lecteur avec eux) ont du mal à distinguer où finit la réalité et où commence le rêve ou même la folie. On est tout à la fois dans une ancienne saga nordique, dans un road-movie désabusé et imbibé de drogues comme chez Jack Kerouac, et parfois dans une histoire à la Stephen King, où une petite ville tranquille où tout le monde est gentil cache un redoutable monstre.
C'est peut-être le but de ce point de vue à la fois à ras de terre, où ni le sexe ni la violence ne sont édulcorées, et au firmament des dieux encore en quête de gloire : se plonger dans une autre dimension et se rappeler que les contes ou les légendes peuvent avoir l'air de simples histoires pour enfants, mais qu'ils constituent souvent le fondement d'une vie ou d'une civilisation.
Comme dans certains récits mythologiques nordiques, Odin se déguise en vagabond pour arriver à ses fins dans "American Gods" - Artiste inconnu, vers 1914 [Domaine public], via Wikimedia Commons

lundi 13 mai 2019

"Dôme" de Stephen King

Stephen King affirme qu'il a abandonné ce livre en cours de route et qu'il a fallu beaucoup de temps pour qu'il s'y remette. Il a bien fait de ne pas baisser les bras, car Dôme est une belle réussite, un livre qu'on ne peut pas poser avant la fin malgré sa longueur (qui a fait diviser l'édition française en deux tomes).
L'histoire commence, comme souvent, dans une paisible petite ville du Maine sans histoires, Chester's Mill, qui en un instant, sans avertissement ni explications, se retrouve coupée du reste du monde par une barrière invisible. Militaires et scientifiques s'avouent impuissants à comprendre le "Dôme", et tout autant à l'ouvrir ou le détruire pour libérer la ville. Les habitants retiennent leur souffle en attendant une solution...
Enfin, pas tous : James "Big Jim" Rennie, conseiller municipal corrompu et vendeur de voitures d'occasion aux allures de Donald Trump, voit là une occasion en or de tenir la ville sous sa coupe. Car Big Jim a de l'argent, beaucoup d'argent mal acquis grâce à ses voitures d'occasion, mais surtout grâce au laboratoire de drogue secret qu'il dissimule derrière la radio chrétienne WCIK et le pasteur fanatisé Lester Coggins. Mais ce qui intéresse Big Jim, c'est le pouvoir, et voir que plus personne ne peut entrer dans "sa" ville ni en sortir lui donne l'idée d'y exercer le pouvoir absolu.
Dôme met en lumière la rapidité avec laquelle Big Jim met la main sur Chester's Mill. Il s'empare facilement de la police, envahie par des nouvelles recrues qui sont pour la plupart des losers désireux de prendre leur revanche sur les "injustices" que la vie leur a faites, et utilise les petits secrets des uns et des autres pour les faire taire, à commencer par les autres conseillers municipaux, trop lâches pour le contester ou trop affaiblis par les médicaments et la situation, qui sont donc ravis de le laisser tout gérer. Et il gère, avec cette stratégie particulière que les spécialistes des dictatures reconnaîtront : semer la peur et le chaos pour se présenter ensuite comme la seule alternative.
Les adversaires de Big Jim existent, en premier lieu l'ancien officier Dale "Barbie" Barbara, doté d'un sens aigu de la justice mais qui traîne la culpabilité d'exactions commises en Irak, cause de sa démission de l'armée. Lors de l'apparition du Dôme, cependant, Barbie est réintégré d'office avec le grade de colonel, et chargé de prendre la direction des opérations à l'intérieur de la ville. Direction qu'il ne pourra jamais prendre, car sa nomination fait de lui le bouc émissaire tout désigné pour Big Jim, d'abord parce qu'il représente le gouvernement et ses "élites" avec toutes les théories du complot qui vont avec, ensuite parce que Big Jim a un compte personnel à régler avec Barbie à travers son fils Junior, le fils à papa qui se croit tout permis mais ne sait pas qu'il a déjà perdu face à la tumeur qui lui ronge le cerveau.
Très vite, la ville se divise en deux entre "la loi et l'ordre" de Big Jim et la résistance dont Barbie devient le symbole malgré lui, et chaque tentative ratée de l'armée pour détruire le Dôme renforce encore plus les premiers dans leurs convictions que le monde entier est contre eux. Les seconds, pour leur part, ont avant tout pour objectif de survivre, et comprennent vite que le seul espoir, alors que la situation dégénère un peu plus chaque jour, est de trouver l'origine exacte du Dôme pour le faire disparaître.
Avec un seul phénomène paranormal (mais d'envergure), le roman est avant tout un excellent thriller psychologique, où on regarde les côtés les plus sombres de la nature humaine remonter à la surface et transformer en enfer une petite ville "paisible" dès qu'un événement choquant fait voler les apparences en éclats. Il est aussi beaucoup question de la facilité avec laquelle le totalitarisme peut s'ancrer dans le pays des "défenseurs de la liberté" (et le contexte politique actuel en rend la lecture encore plus intéressante). Mais au-delà de tout cela, c'est une analyse de l'origine du mal qui a lieu sous le Dôme et aussi en-dehors : on a beau dire que "les méchants, c'est pas nous", il est facile de faire le mal en se persuadant qu'on aide les gens malgré eux, ou en ne sachant pas (voire en ignorant délibérément) qu'ils peuvent souffrir.
Ce qui se passe sous le Dôme reste sous le Dôme... - Par Phoenix Han from Beijing, China [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons