samedi 16 février 2019

"Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo

Les œuvres de Victor Hugo sont des références de la littérature française, mais s'il y en a une qu'il n'y a plus besoin de présenter, c'est Notre-Dame de Paris. Fort de son succès mondial, le roman a connu de nombreuses adaptations, dont le Bossu de Notre-Dame de Disney (dont une nouvelle version en "prises de vues réelles" est en projet), la célèbre comédie musicale Notre-Dame de Paris, ainsi que d'autres adaptations plus ou moins inattendues, comme une série Quasimodo que j'ai vue dans mon enfance, qui ne reprenait que les personnages principaux et les mêlait à des intrigues incluant origines cachées de Quasimodo, magie et complots contre le roi Louis XI.
Cette relecture, démarrée à l'occasion de l'annonce de la nouvelle version du Bossu de Notre-Dame de Disney, ne m'emmenait donc pas en terre inconnue. C'est une histoire qui a pour lieu Paris la belle en l'an de Dieu mil quatre-cent quatre-vingt deux... On découvre d'abord le Paris du XVe siècle à travers le regard de Pierre Gringoire, poète et philosophe auteur d'une pièce dont il est très fier, mais qui est moquée par les dignitaires flamands auxquels elle était destinée, puis abandonnée par tout son public au profit de "la Esmeralda", une danseuse bohémienne qui se produit sur les places publiques et constitue l'attraction populaire du moment.
Ce n'est que l'introduction, mais qui laisse entendre que dans tout le reste de l'histoire, beaucoup de choses vont être liées à la belle Esmeralda (qui est finalement assez peu appelée par son nom, mais plus souvent désignée comme "l'égyptienne" ou "la danseuse"... et cela fonctionne, tout le monde, personnages comme lecteur, sait de qui il s'agit). Et ce même, et surtout, au fil des changements de points de vue narratifs : après Gringoire, on suit le "Bossu de Notre-Dame" Quasimodo, mais surtout son maître et père adoptif Claude Frollo, ainsi que le capitaine Phoebus de Chateaupers ; tous s'intéresseront à la belle gitane d'une manière ou d'une autre.
Esmeralda, l'envoûtante bohémienne - Internet Archive Book Images [Domaine public], via Wikimedia Commons
Chacun d'eux a sa propre réaction vis-à-vis de la troublante danseuse, mais toujours au détriment d'Esmeralda qui, en bon personnage de "femme fatale", devient un révélateur de tout ce qui est mauvais dans les hommes qui s'intéressent à elle, et finit par en devenir la victime. On découvre Phoebus séducteur et prêt à abandonner sa conquête à tout moment pour faire un beau mariage avec la riche et noble Fleur-De-Lys de Gondelaurier, Gringoire lâche et daignant tout juste sauver la chèvre d'Esmeralda pour qui il s'est pris d'affection. Même Quasimodo qui, conscient de sa laideur qui l'isole du monde, se refuse à toucher Esmeralda plus que nécessaire, sombre dans la rage en la voyant pendue et se laisse mourir après avoir tué le seul être qui avait eu de l'affection pour lui, Frollo.
Ce dernier, bien qu'il ait de bonnes raisons d'être le "méchant" de l'histoire, est quand même un peu plus subtil que son équivalent Disney. Intéressé tout d'abord par les sciences et notamment l'alchimie, il fait également preuve d'affection envers son jeune frère (qui ne le lui rendra guère) et envers Quasimodo, qu'il décide lui-même d'adopter et avec qui il est le seul à pouvoir communiquer. Tout bascule pour lui quand malgré sa haine des Bohémiens, il s'éprend d'Esmeralda ; amour impossible, d'abord parce qu'il est prêtre, ensuite parce que la belle ne jure que par Phoebus et le fera jusqu'au bout, alors même que ce dernier aura prouvé qu'il ne mérite pas tant d'attachement.
Croyant pouvoir conquérir Esmeralda, Frollo s'enfonce en réalité un peu plus dans l'abîme à chaque fois : il poignarde Phoebus et laisse la gitane être accusée du crime, puis tente plusieurs fois de la sauver mais elle le repousse, préférant la mort à lui. Ne pouvant envisager qu'elle puisse être heureuse sans lui, il se décide finalement à l'abandonner à son sort dans l'espoir de se sauver de la damnation. Sur ce point, la version Disney suit exactement les sentiments du personnage original en le faisant chanter "Détruis Esmeralda, qu'un rideau de feu soit son linceul, ou faites qu'elle soit à moi et à moi seul" !
Tout au long de cette descente aux enfers dans laquelle il entraîne tout le monde, Frollo accuse la fatalité sans jamais se remettre en cause : c'est le démon, la sorcière qui l'ont possédé et provoqué. Ses mauvaises actions finissent cependant par se retourner contre lui quand Quasimodo assiste à l'exécution d'Esmeralda et comprend que son propre maître en a été à l'origine.
Mais si l'histoire s'intitule Notre-Dame de Paris, c'est aussi pour rappeler que le Paris du XVe siècle est un personnage de l'histoire à part entière, personnage sans doute le plus complexe avec son architecture longuement décrite dans des chapitres entiers, ses juges indifférents au sort des condamnés, son roi cruel et capricieux, et surtout son peuple versatile, qui applaudit à tout rompre les danses d'Esmeralda et les grimaces de Quasimodo un jour, et les laisse condamner le suivant. Un Paris, d'une certaine manière, pas si différent de celui d'aujourd'hui, théâtre d'un grand classique à lire absolument.
Esmeralda et Quasimodo, frontispice de l'édition de 1831 - Charles Gosselin : Victor Hugo Notre-Dame de Paris Tony Johannot 1831 [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

jeudi 7 février 2019

Comment je me mets à écrire un roman

Je ne suis pas sûre qu'on m'ait explicitement posé la question, mais je sais que certaines personnes ont indiqué être intéressées par un article à ce sujet, je vais donc essayer de résumer la manière dont je me mets à écrire un roman.
Vaste question à vrai dire, la méthode n'étant pas immuable et ayant quelque peu évolué avec le temps. Il y a pourtant en général 3 étapes que j'ai suivies sur la plupart de mes projets récents :

L'impulsion initiale
C'est le Big Bang originel, la première étincelle qui va mettre le feu à tout le reste. Plus discrète que le Big Bang (heureusement) elle se manifeste sous différentes formes parfois simples et parfois beaucoup plus polymorphes.
Dans le cas de L'étrange affaire Nottinger, je peux retracer son origine à un rêve dans lequel un jeune homme nommé "Nottinger" (je ne saurais plus dire si son prénom y était dit ou non) était mort et se manifestait uniquement dans des rêves. Oui, il y avait des rêves dans les rêves là-dedans, à la manière d'Inception.
L'impulsion peut également se manifester de manière bien plus discrète : ainsi pour Dernière Course, je ne me souviens réellement plus de ce qui m'a poussée à me lancer dans cette histoire de cyborg et de course automobile. Peut-être qu'une accumulation d'informations à la fois sur les projets d'implants cérébraux, sur les voitures électriques et d'autres choses, à force de devenir de plus en plus dense, a provoqué une réaction spontanée d'où a jailli l'idée de Dernière Course.
Le plus intéressant à mon goût, cependant, reste l'étincelle dite "composite". C'est ainsi que s'est présentée l'idée de Retour à Gerolstein, un roman que je n'écrirai peut-être jamais, mais que je trouve intéressant de citer, car son idée est née de la collision entre un tableau soviétique de 1945 et le jeu de société Scythe qui met en scène des mechas dans une pseudo-Russie steampunk. Le nom de Gerolstein a été ajouté plus tard en hommage à deux classiques du XIXe siècle, Les Mystères de Paris et La Grande-duchesse de Gérolstein.
L'un des éléments ayant participé à cette idée : "Gloire aux héros tombés au combat", Fyodor Bogorodsky, 1945 [Droits réservés]
... Non, ce n'est pas Benedict Cumberbatch sur le tableau. Non, ce n'est pas Peter Capaldi non plus.

La germination et la trame originelle
Une fois l'idée de départ apparue, commence une seconde phase dans laquelle elle tourne en rond dans ma tête, en s'enrichissant au passage de différents éléments supplémentaires qui se mettent en place en "tâche de fond". Elle peut se déclencher plus ou moins longtemps après l'idée elle-même, et sa durée varie également. Il y a de la réflexion, mais le plus gros du "travail" est composé d'associations d'idées plus ou moins conscientes, qui peuvent même se faire pendant que je dors. C'est peut-être l'étape la moins visible de toutes, mais c'est la plus importante, comme le temps d'infusion d'un thé ou de maturation d'un vin : si je la néglige ou si je la termine trop vite, ça n'aura aucune consistance !
A un certain stade, mais pas toujours (ce n'était pas le cas dans L'étrange affaire Nottinger), je sors mon moleskine et je commence à noter le gros de la trame du roman à la main. Cela peut se faire plus ou moins rapidement, en une ou plusieurs étapes. Dans certains cas, comme La Vierge de métal, il n'y a pas de trame mais plusieurs notes sur les forces en présence, l'univers ou les personnages. Je peux revenir dessus si une nouvelle idée s'ajoute ou si après mûre réflexion, un élément finit par tourner différemment.
Parfois, je note aussi des passages entiers (courts) du futur roman, ce qui marque généralement (mais pas toujours) une étape importante, celle où il commence à être temps de passer à l'étape suivante.
C'est le moment de prendre quelques notes ! - Par Petar Milošević [CC BY-SA 4.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons

Le début de l'écriture 
Et voilà l'étape finale, celle de l'écriture proprement dite. Le plus difficile dans cette étape est de la commencer : il peut se passer un temps non négligeable entre la fin de la précédente et le début de celle-là. Il faut d'abord m'assurer (ou me convaincre) que ma trame et mes notes préliminaires sont suffisantes pour me lancer dans un projet dont j'ai une chance de voir la fin, et ensuite... m'y mettre.
Là où la première étape demandait de la chance pour avoir une étincelle sortie un peu de nulle part, celle-ci demande un vrai effort de volonté pour décider qu'à un moment donné, je vais mettre de côté toute autre activité dans laquelle je pourrais me lancer, et me poser devant mon ordinateur pour ouvrir LibreOffice (plus pratique pour jongler entre des ordinateurs sous Linux Ubuntu et d'autres sous Windows) et commencer à écrire la première phrase d'un futur nouveau roman, comme celle-ci par exemple...

jeudi 31 janvier 2019

Lectures de janvier 2019

La nouvelle année est arrivée, et avec elle, toujours de nouvelles lectures. Voici avec quoi j'ai commencé 2019 :
  • Tarzan of the Apes - Edgar Rice Burroughs
    • Anglais
    • Numérique
Le roman original dont sont issues toutes les aventures de Tarzan de 1912 à nos jours. Débarqués de force dans la jungle africaine, Lord Greystoke et sa femme y trouvent la mort, mais leur bébé survit en étant recueilli par une tribu de singes. De plus en plus conscient de ses différences vis-à-vis de ses "congénères", Tarzan est déchiré entre le monde de la jungle qu'il connaît depuis son enfance, et le monde des humains auquel il sait appartenir, surtout quand ce dernier est représenté par la belle Jane Porter. Cette histoire devenue mythique au point d'inspirer nombre de romans, BD et films pose la question de la nature humaine, en particulier celle des enfants sauvages qui passionnaient le public à cette époque. Tarzan, lord anglais par le sang et homme-singe par l'expérience, restera-t-il un "sauvage" ou rejoindra-t-il finalement la civilisation ? Même la fin, un peu rapide, laisse un doute à ce sujet, une fin qui avait d'ailleurs déçu les lecteurs de Burroughs et l'avait conduit à prolonger bien plus longtemps que prévu les aventures de Tarzan.
  • Le crime de Lord Arthur Savile - Oscar Wilde
    • Français (traduit de l'anglais par Albert Savine)
    • Numérique
Première relecture de 2019, pour une histoire que je connaissais déjà depuis bien longtemps pour en avoir lu une adaptation BD en anglais dans I Love English (que de souvenirs...). Parce qu'un voyant a prédit au charmant mais un peu naïf Lord Arthur Savile qu'il allait commettre un meurtre, celui-ci décide de le faire avant de se marier pour éviter que le déshonneur retombe sur sa fiancée. Il prend pour cibles des parents éloignés qui se révèlent malheureusement plus difficiles à tuer que prévu, conférant un caractère encore plus absurde et ridicule à ses tentatives de meurtre. Une histoire courte qui ne laisse pas le temps de s'ennuyer, le tout relevé d'un délicieux humour noir.
  • Le portrait de Monsieur W. H. et autres nouvelles - Oscar Wilde
    • Français (traduit de l'anglais par Albert Savine)
    • Numérique
Un ensemble de nouvelles, poèmes en prose et essais d'Oscar Wilde allant du plus connu au plus obscur. Il est difficile de parler d'un ensemble aussi diversifié en un seul paragraphe, aussi je vous renvoie à l'article détaillé.
  • La Mythologie Viking - Neil Gaiman
    • Français (traduit de l'anglais par Patrick Marcel)
    • Papier
S'inspirant des célèbres Edda en prose et Edda poétique, Neil Gaiman en compile les meilleures histoires et révèle, à la manière d'un conteur scandinave, les exploits de Thor et Odin, les fourberies de Loki et les mythes de la fondation et de la destruction du monde (le célèbre Ragnarök). Loin de l'image donnée par les Avengers et autres histoires de super-héros, Thor se révèle être une brute pas très maligne, Loki un être chaotique mais pas forcément mauvais, qui sauve parfois la peau des autres dieux mais n'en tire guère de reconnaissance, peut-être est-ce la raison pour laquelle il se retournera contre eux au moment du Ragnarök... Parfois, en lisant ces contes de la mythologie nordique, on peut fermer les yeux et s'imaginer sous une hutte de bois à écouter les histoires ancestrales des dieux devant un feu crépitant. Une lecture indispensable pour découvrir cette mythologie libérée des clichés des comics.
  • Différentes saisons - Stephen King
    • Français (traduit de l'anglais par Pierre Alien)
    • Papier
Quatre novellas de Stephen King regroupées sous un même titre et placées sous le signe des saisons. Pas vraiment de fil conducteur entre elles à part la sensation que la frontière est ténue entre réalité "rassurante" et horreur, et que les pires monstres se trouvent généralement au cœur des humains eux-mêmes, comme ces adolescents qui parcourent des kilomètres pour voir un cadavre de leurs propres yeux, ou celui-là qui se laisse fasciner par les récits d'un ancien SS et se découvre une âme de tyran et de tueur en série. L'histoire d'un homme ordinaire mais dont la volonté de s'évader est si forte et si constante qu'elle en devient presque inhumaine, et celle d'un mystérieux club dont les membres se racontent des histoires étranges peu avant Noël complètent ces quatre saisons au sein d'années révolues et de dimensions incertaines, sous la plume inimitable de Stephen King qui fait coïncider l'Amérique bien-pensante et l'angoisse de l'inconnu.
  • A Study in Emerald - Neil Gaiman
    • Anglais
    • Numérique (mais imprimé par mes soins)
Un "détective conseil" aussi doué qu'excentrique, assisté de son ami, enquête sur un meurtre visant la famille royale... Si cette accroche vous rappelle quelque chose, méfiez-vous des apparences. Nous ne sommes pas en Angleterre mais à New Albion, et les Grands Anciens, venus de l'espace il y a quelques siècles, règnent sur l'humanité pour la protéger de la barbarie et de l'anarchie. Il ne sera donc pas toléré qu'un simple mortel s'en prenne aux rejetons des maîtres du monde, et on fait donc appel à celui qui est réputé le meilleur détective du pays, mais même le plus doué des enquêteurs va avoir des difficultés devant le niveau de l'adversaire, jusqu'au coup de théâtre final. Parfois la clé de l'énigme n'est pas dans ce qu'on voit, mais dans ce qu'on ne voit pas, et l'auteur en joue avec succès du début à la fin...
  • Shining - Stephen King
    • Français (traduit de l'anglais par Joan Bernard)
    • Papier
Renvoyé de son poste de professeur à cause de son alcoolisme et de ses pulsions violentes, Jack Torrance doit accepter le seul travail qu'on lui propose encore : veiller pendant l'hiver sur l'Overlook, palace au passé chargé. Plusieurs mois à trois seulement, coupés du monde, alors que Danny, le fils de Jack, possède des dons de télépathie et de prescience, et que l'hôtel semble hanté par les innombrables fantômes de son passé : la catastrophe est inévitable, et très vite, on se pose sérieusement la question de si quelqu'un va survivre. Bien que Danny soit le héros de l'histoire, le profil psychologique le plus intéressant est celui de son père Jack, déchiré entre son désir de bien faire et l'héritage toxique de son propre père alcoolique, tyrannique et violent dont il n'arrive pas à se débarrasser. Le mélange de l'oppression venant des fantômes de l'hôtel et de celle de la famille elle-même donne à ce huis-clos toute son atmosphère aussi prenante qu'étouffante, digne du chef-d’œuvre de Stephen King.
  • Misery - Stephen King
    • Français (traduit de l'anglais par William Desmond)
    • Papier
Paul Sheldon s'est lassé de son personnage phare, Misery Chastain, héroïne d'une série de mélodrames qui lui a rapporté argent et succès, mais l'empêche selon lui d'écrire un vrai roman reconnu. Aussi a-t-il décidé que Misery's Child serait l'ultime épisode, celui où Misery trouverait la mort. Sauf qu'un accident le fait tomber entre les griffes d'Annie Wilkes, tueuse en série psychotique et fervente admiratrice de Misery qui n'admet pas la disparition de "son" héroïne. Pour Paul, c'est une épreuve qui commence : pour avoir une chance de rester en vie, il doit donner à Annie ce qu'elle veut, à savoir le retour de Misery. Avec la rédaction de la nouvelle aventure de Misery en trame de fond, les deux personnalités luttent sans relâche pour savoir qui prendra l'ascendant et survivra à l'autre, le tout dans une campagne américaine isolée qui, à en croire le King, est peuplée de fous dangereux obsédés par leur idée de la pureté. Misery laisse également entrevoir à travers le personnage de Paul les rapports ambigus d'un auteur avec ses personnages, et la question parfois cornélienne de tuer ses personnages pour avancer, avec pour reflet malsain l'envie d'Annie de tuer son auteur.

dimanche 20 janvier 2019

BookPack 3.4

Je disais dans mon article précédent que j'avais un certain nombre de choses à faire en attendant un éventuel retour sur Moortopia, dont une incohérence scénaristique à corriger dans un NaNoWriMo. J'ai décidé de ne pas attendre pour entamer cette liste de choses à faire, et j'ai commencé par ce qui me semblait le plus simple et le plus rapide : l'incohérence que j'avais repérée dans Hello! Mister Crowley est désormais éliminée. Inutile de trop revenir sur cette erreur, en gros il s'agissait d'un personnage qui apparaissait à un endroit où il n'aurait pas dû apparaître.
A l'occasion de cette correction, j'ai mis à jour le BookPack qui contient également des versions PDF plus "modernes" de deux contes dont je pourrais avoir l'usage : Le prince serpent et Le Nokk. Rien de changé au niveau du contenu pour ceux-là, juste de la mise en page.
Si vous lisez en PDF, ou si vous vous intéressez à Hello! Mister Crowley ou aux contes de fées, n'hésitez pas à mettre à jour votre version du BookPack au plus vite !
Lisez partout, tout le temps ! - National Archives at College Park [Domaine public], via Wikimedia Commons

samedi 19 janvier 2019

Message pour le futur

C'est un article assez particulier puisque plutôt qu'annoncer ce qui vient d'arriver ou ce qui va bientôt arriver, je laisse ici un message à mon moi du futur, mais qui peut aussi concerner d'autres auteurs et autrices, ce qui me pousse à le publier ici.
Le contexte : après avoir essuyé un refus de Moortopia de la part de mon éditeur, je me suis posé beaucoup de questions et j'en suis finalement arrivée à la conclusion que je ne voulais pas faire un retravail en profondeur sur ce roman, surtout sans aucune assurance que ça allait passer la prochaine fois. Mon intention initiale était de me concentrer plutôt sur la réécriture de Dernière Course, ce qui n'a pas été fait pour l'instant mais ce n'est que partie remise. Quant à Moortopia, j'envisageais de le mettre à plus ou moins long terme sur Atramenta au même titre qu'Alva & Eini, cependant sans être tout à fait sûre de ce que j'allais faire au préalable : plus de corrections externes ou pas, ou éventuellement chercher un autre éditeur.
Justement, début janvier, je suis tombée sur un tweet des éditions L'Atalante annonçant l'ouverture des soumissions de manuscrits pendant le mois. L'Atalante, c'est une maison nantaise (ma région d'origine) spécialisée dans le policier, le fantastique et la science-fiction, qui édite entre autres deux de mes idoles, Pierre Bordage et le regretté Terry Pratchett. Un must !
J'ai donc décidé de prendre mon courage à deux mains et de leur envoyer Moortopia pour voir. Après tout, tous les éditeurs se basent sur des critères subjectifs : ce qui est refusé par l'un sera peut-être accepté par d'autres.
Évidemment, ce message n'est pas seulement là pour annoncer l'envoi de Moortopia, bien que si cela intéresse quelqu'un, c'est déjà une bonne chose. Je connais mon caractère et je sais ce qu'un refus d'éditeur peut me faire. Je laisse donc un mot à mon moi du futur dans l'espoir de ne pas trop mal encaisser le choc d'un éventuel refus (il est également possible que Moortopia soit accepté, mais dans le doute, mieux vaut se préparer à toutes les éventualités).
Je ne vais pas trop m'attarder sur les consolations un peu éculées comme "JK Rowling a essuyé 8 refus avant de réussir à publier Harry Potter" ou autres "même les meilleurs ont été refusés à leurs débuts". Dans ce genre de moments, le reste du monde n'a de toute façon pas de grande importance, et quels que soient les faits, j'aurai toujours tendance à penser que tout le monde est publié sauf moi.
Je vais faire beaucoup plus simple : me dire qu'il ne peut rien arriver de mal. Si Moortopia est accepté (restons optimistes, si je pensais qu'il n'a aucune chance, je n'essaierais même pas de l'envoyer), alors j'aurai tout gagné. Et s'il est refusé... ça ne change rien. Je reprends simplement mon plan de l'auto-publier sur Atramenta, éventuellement en faisant appel à quelqu'un pour le corriger, sans aucun doute en faisant appel à quelqu'un pour la couverture. A moins qu'un autre éditeur ne s'y intéresse finalement, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve.
Quelle que soit l'issue, l'exigence d'envoi du manuscrit de préférence au format EPUB m'aura également permis d'apprendre quelque chose : qu'on peut modifier ces fichiers facilement avec quelques connaissances en HTML et un outil comme l'éditeur d'e-book de l'excellent logiciel calibre.
J'attends donc de voir ce que cela donnera. D'ici là, j'ai encore du pain sur la planche. Il faut encore terminer une histoire de voyage dans le temps, rectifier un NaNoWriMo où j'ai repéré une incohérence scénaristique, mettre au format numérique une histoire de fantasy humoristique griffonnée sur mon moleskine, et encore et toujours (je me répète mais tant pis) me mettre enfin à réécrire Dernière Course !
Des nouvelles à suivre dans les mois à venir, et j'espère qu'elles seront bonnes... Souhaitez-moi bonne chance.
Croisons les doigts ! - Par Evan-Amos [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

mercredi 9 janvier 2019

"Le portrait de Monsieur W.H. et autres nouvelles" d'Oscar Wilde

Avant de me lancer dans les multiples livres que j'ai reçus pour Noël, j'ai brièvement repris ma liseuse que j'avais un peu délaissée, avec quelques œuvres d'Oscar Wilde notamment. Le portrait de Monsieur W.H. et autres nouvelles est en fait un assemblage hétéroclite de nouvelles, poèmes en prose et essais de Wilde, allant du célèbre Fantôme de Canterville à des œuvres plus obscures. Malgré l'encodage un peu aléatoire (réalisé par le projet Gutenberg, mais j'évite de trop me plaindre, quand quelque chose est gratuit et visiblement fait automatiquement, il ne faut pas forcément s'attendre à une qualité irréprochable), l'ensemble est facile à lire et chacun des éléments est très intéressant à sa manière, en particulier ceux qui trouvent un étonnant écho dans le monde contemporain malgré leur écriture datant de plus d'un siècle. Voici donc le contenu :
  • Le Portrait de Monsieur W.H. : à ne pas confondre avec le Portrait de Dorian Gray du même auteur, cette histoire raconte la recherche de l'identité du mystérieux W.H. à qui seraient dédiés les Sonnets de Shakespeare, en présentant une analyse selon laquelle il s'agirait de Willie Hughes, un jeune acteur dont Shakespeare aurait été amoureux. Problème : rien n'atteste de l'existence de l'acteur en question, mais les défenseurs de cette théorie en sont tellement convaincus qu'ils décident de fabriquer une preuve avec un portrait soi-disant retrouvé par hasard. Un étonnant processus mental prend alors place parmi les protagonistes : même en sachant la preuve fausse, certains finissent par se convaincre de l'existence de Hugues au point de vouloir mourir pour défendre leur thèse (mais comme dit l'un d'eux, ce n'est pas parce qu'on veut mourir pour une idée que ça la rend vraie) tandis que d'autres commencent à ne plus savoir où se trouve la vérité et le mensonge... A notre époque de fake news et d'opinions de plus en plus radicalisées, cette histoire interpelle particulièrement sur la fabrique des preuves et les biais cognitifs qui lui sont liés, en plus de faire découvrir les Sonnets de William Shakespeare.
  • Le fantôme de Canterville : peut-être l'histoire la plus connue de ce recueil, celle d'un fantôme aux manières théâtrales hantant un manoir anglais et d'une famille américaine très matérialiste qui, bien loin de craindre le fantôme, le ridiculise. L'histoire de fantôme classique est traitée ici d'un point de vue humoristique, où le revenant épuise son répertoire d'apparitions macabres sans jamais être pris au sérieux, et elle ne redevient sérieuse que quand il se voit contraint d'abandonner ses "rôles" et dévoiler sa propre souffrance pour obtenir ce qu'il cherchait au fond depuis le début : de l'aide.
  • Le Millionnaire modèle : encore une histoire que j'avais découverte, comme Le crime de Lord Arthur Savile, par une adaptation en BD dans I Love English. L'histoire d'un jeune homme qui n'a pour lui que son charme et sa gentillesse mais ne sait rien faire, et qui pourtant, obtient ce qu'il désire en venant en aide à un mendiant qui se révèle être un millionnaire déguisé. Un conte de fées moderne traité encore une fois avec un certain humour.
  • Le Sphinx sans secret : une autre histoire courte sur le thème des femmes, bien souvent considérées par les hommes comme un mystère. Un homme a des vues sur une femme, mais la voyant s'aventurer dans un quartier mal famé et le nier ensuite, il commence à soupçonner un terrible secret, mais n'est-ce pas ce qui fait tout son charme, et qu'arrive-t-il quand on découvre que derrière ce secret inavouable, il n'y a peut-être que du vent ? Malgré des relents de misogynie, cette histoire trouve elle aussi un écho dans le monde contemporain où tout est bâti sur les apparences et où il devient courant de s'inventer une vie quand on trouve la sienne sans intérêt.
  • Poèmes en prose : un petit recueil de pièces courtes, souvent sur le thème des Évangiles, mettant notamment en scène les doutes des apôtres, ou même ceux de Dieu retournant sur terre pour découvrir que ses miracles n'ont pas eu tout à fait l'effet escompté.
  • L'âme humaine sous le socialisme : un essai de 1891 en réponse à la révolution industrielle en marche et à la montée du socialisme en Europe. Très rapidement, on oublie que ce texte date de la fin du XIXe siècle tant les questions qu'il aborde sont d'actualité : les inégalités inhérentes à une société capitaliste, le remplacement du travail de l'humain par celui de la machine (doit-il condamner l'humain à la misère faute de travail, ou le revenu de la machine devrait-il permettre à l'humain de vivre libéré de la contrainte du travail ?), la nécessité de combattre l'oppression par la révolution, l'accomplissement de la vie humaine débarrassée de la notion de propriété privée ("vous n'êtes pas votre carte de crédit" dira-t-on dans Fight Club une centaine d'années plus tard...), les dérives du journalisme sensationnaliste et de la presse à scandale... Il paraît dérisoire de qualifier des auteurs contemporains de visionnaires quand cet essai semble aussi moderne plus d'un siècle après son écriture, ce qui prouve aussi que les problèmes qu'il évoque sont connus depuis longtemps et n'ont pas encore de réponses définitives. En tant qu'artiste, Oscar Wilde se concentre sur l'humain et sur la possibilité que chacun devrait avoir selon lui de s'exprimer par l'art, en évitant autant que possible les oppressions, mais il est difficile de s'en défaire, surtout pour les oppresseurs.
Oscar Wilde, visionnaire - Par Napoleon Sarony [Domaine public], via Wikimedia Commons

mardi 1 janvier 2019

Récapitulatif des lectures de 2018

Après avoir fait le bilan côté écriture, il est temps de clore la liste des lectures de l'année 2018, qui a également été une bonne année à ce niveau. Mes lectures de 2018, c'était donc :
  • 69 livres (56 romans, 11 recueils de nouvelles, 1 recueil de lettres, 1 manga, 1 roman graphique) lus entre janvier et décembre 2018. Mon record de lecture était en août avec 9 livres lus, grâce aux aventures de Bob Morane qui se lisent très vite.
  • 43 livres papier et 26 livres numériques lus, dont 23 provenant de StoryBundles. J'ai un peu délaissé ma liseuse pendant quelques mois, et ça pourrait bien être à nouveau le cas en 2019 après avoir reçu tout un lot de livres de poche pour Noël.
  • Des lectures en français et en anglais, plus précisément 42 en français et 27 en anglais.
  • 44 livres en version originale et 25 traduits, la langue cible étant toujours le français et la langue d'origine l'anglais, à l'exception d'un livre traduit de l'allemand vers l'anglais, Selected Short Stories of Franz Kafka (cadeau d'un ami texan).
  • Des lectures toujours aussi appréciées avec une moyenne de 3.98/5 (mieux que 2017 où la moyenne n'était "que" de 3.78/5 !), un maximum de 5/5 (pour 16 livres) et un minimum de 2/5 (1 seul livre qui m'a malheureusement déçue cette année, à savoir Le Repaire du Ver blanc). Je ne suis toujours pas tombée sur la déception à qui j'aurais envie de mettre l'infamant 1/5. Petit rappel de ce que signifient pour moi mes notes de lecture ici.
  • Parmi mes lectures les plus appréciées, 3 ont fait l'objet d'un article "coup de cœur" à part cette année : Black House de Stephen King et Peter Straub, Neverwhere de Neil Gaiman, et la trilogie Blue Rose de Peter Straub (encore une fois).
Il est temps à présent de refermer la page de cette année passée et de me lancer dans les lectures de 2019, que j'espère aussi captivantes que celles de 2018. Cela ne devrait pas être difficile, surtout si je commence par les livres que j'avais demandés et obtenus pour Noël : la trilogie du Paris des Merveilles ainsi que pas moins de 5 livres de Stephen King.
Encore un petit livre avant de dormir ? - Par Robert Martineau (décédé en 1869) [Domaine public], via Wikimedia Commons