dimanche 7 avril 2019

Un PEGI des livres ?

J'ai vu passer un tweet demandant s'il était souhaitable de mettre des "TW" sur les livres numériques. Un "TW" alias "trigger warning", courant sur Twitter, consiste à indiquer au début d'un tweet s'il inclut certains types de contenus susceptibles de choquer les personnes sensibles, par exemple si cela a trait au viol, à la maltraitance animale ou d'autres formes de violence.
Plus généralement, il pourrait être possible d'envisager un classement comme celui du PEGI (Pan-European Game Information) qui existe déjà sur les jeux vidéo, où sont indiqués non seulement un âge minimal recommandé, mais aussi différents types de contenus sensibles présents dans le jeu. Si on oublie les contenus liés au jeu en ligne qui ne sont pas franchement pertinents pour un livre, PEGI recense les types suivants :
  • Violence - inclut toutes sortes de scènes de violence physique ou verbale, modérée ou non-réaliste pour les jeux destinés aux enfants, explicite voire gore pour les jeux déconseillés au moins de 16 ans ou aux moins de 18 ans.
  • Langage grossier - contient des insultes ou des grossièretés modérées à crues, avec possibilités d'insultes à caractère sexuel dans les jeux déconseillés aux moins de 16 ans ou au moins de 18 ans.
  • Peur / Horreur - inclut des scènes considérées comme effrayantes ou perturbantes, sans nécessairement être violentes, cela peut être la présence de monstres voire d'animaux effrayants comme l'araignée représentée sur l'icône.
  • Nudité / Sexe - inclut des scènes de nudité partielle ou totale, ou des scènes sexuelles, soit de simples allusions, soit explicites pour les jeux déconseillés aux moins de 16 ans ou au moins de 18 ans.
  • Drogues - inclut des scènes montrant l'usage de drogues ou de produits stupéfiants.
  • Jeux de hasard - inclut des scènes montrant voire enseignant des jeux de hasard.
  • Discrimination - inclut des scènes de discrimination basées sur le genre, l'ethnie, la sexualité etc. Réservé aux jeux déconseillés aux moins de 18 ans.
Les icônes PEGI telles qu'elles apparaissent sur les jeux vidéos.

Si je parle de PEGI, c'est pour plusieurs raisons : d'abord parce que vivant en Europe, c'est le système que je connais le mieux, ensuite parce que ces différents types de contenus sensibles ont des points communs avec la notion de TW, et enfin parce qu'InLibroVeritas  où je publie certains textes a fait le choix d'inclure un système "PEGI-like" pour classer ses œuvres. En créant un nouveau livre sur le site, l'auteur est invité à choisir un âge minimal recommandé et à cocher, le cas échéant, la présence de différents types de contenus correspondant aux catégories indiquées ci-dessus. L'âge et les contenus sensibles apparaissent alors à côté du texte sous forme d'icônes similaires à celles de PEGI, libre aux lecteurs et lectrices de poursuivre la lecture en fonction des avertissements : par exemple "horreur + 18" contiendra des scènes gore explicites qui peuvent être difficilement supportables, "sexe + violence" aura des chances de contenir des scènes de viol, a fortiori si l'âge indiqué est 16 voire 18, etc.)

Jusque-là, on a appliqué ces classements aux jeux vidéos ainsi qu'aux films et aux séries (avec seulement l'âge pour ces derniers) mais pas aux livres, ce qui ne signifie pas forcément qu'on ne devrait pas le faire. Après tout, les livres sont déjà plus ou moins classés en catégories selon les tranches d'âge, même si cette catégorie a tendance à être considérée comme, au contraire, l'âge maximal recommandé ("quoi, tu as 35 ans et tu lis du YA ?")
Les contenus sensibles sont sans doute considérés comme moins perturbants dans les livres car (à condition qu'il n'y ait pas d'images) ils y sont souvent racontés plus que montrés, et l'impact réel dépend aussi de la capacité du lecteur à restituer les images dans sa tête. Cependant les sensibilités sont multiples, et il peut arriver qu'un passage, a priori innocent mais ressemblant un peu trop à une situation traumatisante déjà vécue, fasse remonter cette dernière à la surface.
Il me semble donc qu'on ne peut pas mettre des TW précis sur tout, justement de par la multiplicité des sensibilités et des types de traumas. Si on prend deux types de contenu sensible, une personne 1 pourra fortement réagir à l'un et n'avoir qu'une vague indifférence pour l'autre, alors que ce sera complètement l'inverse pour une personne 2. Passe encore s'il n'y a que deux types, mais s'il faut détailler tous les traumas possibles, on arrive rapidement à des dizaines de combinaisons, et même avec la meilleure volonté du monde, on ne pourra pas penser à tous les lister.
Cependant des catégories plus générales comme celles de PEGI ne me semblent pas ingérables, et permettent déjà d'offrir des avertissements permettant aux personnes sensibles, ou tout simplement ne souhaitant pas s'infliger des scènes qu'elles considèrent comme désagréables, d'éviter une situation inconfortable voire pire. Lire doit rester un plaisir, et il n'est pas non plus agréable pour un auteur (sauf peut-être pour le Marquis de Sade, donc toutes les œuvres sont classées d'office "Sexe + Violence + Langage grossier + 18") de découvrir que son dernier livre a envoyé un lecteur en thérapie.
De toute façon, ce type d'avertissement ne sera jamais qu'une recommandation, et tout vendeur de jeux vidéo a une histoire à raconter avec un parent achetant un jeu comme GTA pour son fils de 6 ans. Auteurs et éditeurs peuvent avertir du mieux qu'ils peuvent, à la fin ce sont les lecteurs qui décident, si possible en pleine connaissance de cause.

1 commentaire:

  1. Et que dire de l'accès libre à internet ? Avec le wifi domestique et les tablettes, c'est la fête à la nuit blanche chez les enfants. Cela commence dès la primaire pour certains, sans aucune restriction d'accès, sans aucune forme de surveillance, les livres n'étant pas le premier soucis. Comme dit en conclusion, même s'il est important de prévenir sur un contenu et ses effets potentiels, cela ne sert à rien si de l'autre côté de la chaîne, aucun effort n'est consenti. Le meilleur système d'avertissement et de protection, ce sont les parents qui s'informent des contenus et s'intéressent au bien-être et au développement émotionnel de leur enfant.

    En revanche, pour des adultes fragiles ou n'aimant pas s'exposer à certaines choses, tout simplement, l'idée est bonne et mérite d'être mûrie.

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